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mardi 31 mars 2015

Bleu abyssal

Cantonales dans mon coin, deuxième tour de la triangulaire. Le FN arrive en tête à Argenton l'Eglise : 38.14%
Bouillé-Loretz : 34.43 %
Saint-Martin-de-Sanzay 40.16 %
et la commune qui tient le pompon (de marine bien-sûr)
Résultat de recherche d'images pour "pompon de marine"
 Marnes : 41.93 % !!!
J'ai navigué 20 ans dans ces paisibles contrées : jamais vu une agression, si... Peut-être un frelon qui piqué un jour une grand-mère. 
Un frelon asiatique certainement, mais est-ce une raison suffisante pour voter extrême droite à ce point ?

On ne vote pas FN parce qu'on ne sait pas quoi voter d'autre, on vote FN parce qu'on partage les idées de ce parti et entre autres celles-ci


lundi 30 mars 2015

massacre 41




41

Résumé : ...




Journal de bord rédigé par le commandant du cargo. “Formose III”




Date : …

“ Ce matin à 7 h 30 le matelot Lucas a trouvé, sans vie, le passager de la cabine n° 6. Nom : Balthazar Forcalquier, nationalité française. Suicidé : une balle dans la tête. Un seul mot , abscons, trouvé à côté du corps

“ C'est aujourd'hui que c'est arrivé... Tout monte d'un degré de tonalité... à bâbord déjà” * .

Ne disposant pas de chambre froide, nous avons immergé le corps le soir même par “35° 57 ' latitude nord /15° 16' longitude ouest”. Ne disposant pas de prêtre à bord, le second a dit une courte prière. Poursuivons notre route. ”




Poursuivons notre route... Poursuivons notre route...Poursuivons notre route... Poursuivons notre route...Poursuivons notre route... Poursuivons notre route...Poursuivons notre route...




Nécrologie publiée dans la page de Thouars du Courrier de la République douze jour plus tard par sa consoeur Ludivine .

“Nous apprenons avec émotion le décès accidentel de Balthazar Forcalquier à bord d'un cargo au large de Madère. Le défunt fut pendant de longues années l'observateur attentif et bienveillant de l'actualité locale.”

_ Heu... Je rajoute “condoléance à sa famille” ? Demanda Ludivine à la secrétaire. Avait-il une famille ?

_ Tiens c'est vrai ça? Il n'en parlait jamais.

_ Bof... je ne mets pas sa photo, d'ailleurs on n'a pas de place, j'ai un compte-rendu de kermesse qui attend.
* (extrait “ Du monde entier au coeur du monde” de Blaise Cendrars)
FIN pour de vrai


Balthazar (alias Youssouf).


“Yousouf l’Infortuné a dessiné son bateau(...)

“Prends-moi aussi Yousouf
Sur ton bateau.
Mon bagage n’est pas lourd:
Un livre, un cahier et une photo.” (...)

“Voici devant nous la Barcelone du Frente popular
Fini notre voyage (...)
“Nous avons vu à Barcelone dans l’aurore
La liberté se battre en chair et en os
Nous l’avons regardée les yeux en flammes
Et comme la peau brune et chaude d’une femme
De nos mains d’hommes affamés
Nous avons touché la Liberté.”
Nazim Hikmet

dimanche 29 mars 2015

massacre 40



40

Résumé : ça vaut vraiment le coup ?
Balthazar poussa la porte du café des Arts. Karantec était là, pensif et triste, seul devant le jeu de tric trac. Depuis la disparition il jouait seul, et inventait chaque soir des dialogues à bas mots avec son ami. « Tu joues mal Balthazar ! » … « Ah fatal erreur je vais encore gagner »... « cette fois-ci encore tu vas payer ta tournée ». Cette manière d'amitié était enfantine, belle et pure. Karantec leva les yeux et s'exclama :

_ Biskoazh kemend-all ! Ce qui peut vouloir dire en Breton : incroyable ! Inouï !

Il pleurait. Les retrouvailles fut émouvantes. Le lendemain, un vendredi, toute la ville ne parlait que du retour de Balthazar sur le marché et chacun d'affirmer sans sourciller :

_ Ah mais moi, j'ai toujours su qu'il était incapable de faire de mal à une mouche Balthazar ! Je l'ai toujours pensé. Et si on m'avait demandé mon avis je l'aurai défendu.

Le journaliste n'avait plus que des amis et parfois des lourdeaux vulgaires

_ Balthazar ne toucherait jamais une fillette, ou alors un fillette de vin blanc ! Arf ! Arf !

La direction du journal organisa une petite fête pour son retour, mais le journaliste n'y alla pas. On annonça à Ludivine qu'elle devait se préparer à partir pour Romoratin, mais Balthazar ne remit pas les pieds au journal.

Il perçut son salaire plein durant tout ce temps d'absence, à titre de compensation. Il offrit une tournée à ses amis au café des arts. Il serra Louis Grandclerc sur son cœur avec une insistance qui surprit l'assemblée. Pourquoi Grandclerc avait-il droit à une semblable manifestation d'affection ? Il lui glissa un mot dans l'oreille.

Le lendemain Balthazar était parti. A Bordeaux il prit un billet à bord du “Formose III” un cargo de bois exotique qui levait l'ancre pour le Brésil. C'était ce secret qui avait été confié à Louis la veille.

Il avait en tête ce poéme de Blaise ( Cendrars)

"Aujourd'hui je suis peut-être l'homme le plus heureux du monde
Je possède tout ce que je ne désire pas
Et la seule chose à laquelle je tienne dans la vie chaque tour d'hélice m'en rapproche.
Et j'aurais peut-être tout perdu en arrivant. "


Fausse fin... A suivre donc …



samedi 28 mars 2015

La phrase romanesque

Avez-vous remarqué que, 
si les femmes chantonnent encore, 
les hommes ne sifflent plus ?
(Balthazar Forcalquier)



jeudi 26 mars 2015

Marnes : 44 %, menace détectée

Le FN : 44 % à Marnes ( Deux-Sèvres) ! Marnes : un coin paumé aux marches de la Vienne.

Pas un maure à l'horizon ! Ou alors il y a longtemps, peut-être a-t-on vu un éclaireur perdu en 732

44 %  des suffrages exprimés pour le FN  !

Insécurité ? Oui, peut-être un vol d'une poule il y a quelques années, et un graffiti sur la porte des chiottes  ( et encore ce n'est pas sûr) !
Alors ?
Alors je suis allé voir sur internet




Et l'ordinateur m'a dit : "une menace a été détectée!"
C'est vrai



y a des fois j'vous jure !

mercredi 25 mars 2015

Massacre 39



39
Résumé : Encore sobre ? Je ne peux plus rien pour vous !

Placé en garde à vue, Hugues Single niait. Mais quand au matin l'inspecteur Legrandu lui glissa sous les yeux l'article du Courrier de la République, il devint livide.

En ouvrant et en fermant les guillemets, Albert Ichon chargeait son ancien ami. Il l'accusait de ce « crime odieux », confiait « j'ai déjà remarqué chez lui des tendances bizarres, une manière de regarder les fillettes lors des fêtes d'école qui m'a troublé... Mais de là à imaginer un monstre derrière son visage si paisible! On ne peut se méfier à personne ! Il faut rendre hommage à la police qui vient d'accomplir une tâche exemplaire ! D'emblée Hugues Single ne peut plus être maire, je soutiens la candidature d'un jeune plein d'avenir et que j'ai fait venir du Limousin : Kevin Roubieux. Il aime l'ordre et la discipline. Les Thouarsais pourront continuer de vivre dans le calme et la sécurité. »

Lâché par le député, le maire se mit à table comme on dit dans le bureau de Legrandu. Il raconta qu'il avait effectivement tué cette fillette, puis l'avait violée post-mortem,

_ Avec dégoût, mais j'obéissais aux consignes strictes d'Albert Ichon. Je suis un soldat, j'ai obéis aux ordres. A-t-on jamais demandé des comptes à ceux qui torturaient en Algérie ? Je suis un bon Français, et j'ai toujours respecté mon officier, mais s'il me lâche sur ce coup, il ne mérite plus mon honneur ni ma fidélité.

Il continua sa confession : il avait glissé dans la main de la jeune victime un papier pris quelques temps avant dans le carnet de notes du journaliste. Carnet rapidement escamoté puis remis en place.

_ Comme il est bourré 24 h sur 24 le journaliste, ce fut facile, précisa-t-il

Sur ce papier un faussaire habile avait parfaitement imité l'écriture hasardeuse de Balthazar. Puis il avait emmené la dépouille là où elle fut découverte. Le piège avait fonctionné. Le journaliste avait disparu, et la campagne électorale du député avait pu être menée avec l'appui d'une presse bienveillante.

_ Vous avez martyrisé une enfant pour prendre les leviers du pouvoir ? Interrogea Legrandu stupéfait.

_ Oui, et cela a fonctionné parfaitement. Ne faites pas la vierge effarouchée monsieur l'inspecteur. Combien de victimes sur la planète et dans l'histoire pour la saveur du pouvoir ?

Et, ce fut abject, il ajouta :
_Cette petite de toute façon, avec sa mère droguée, aurait eu une vie de merde. Elle aurait fini avec une seringue dans le bras, alors un peu plus tôt, un peu plus tard...Et elle n'a pas souffert. J'ai appris sous d'autres soleils à égorger.Le reste ne fut que mise en scène.

Le député ne fut jamais poursuivi, les preuves de son implication réelle dans cette affaire manquaient. Il en avait pourtant tiré d'évidents bénéfices. Mais sa situation était devenue intenable il démissionna et partit s'installer confortablement au Maroc. L'inspecteur se demanda longtemps pourquoi Ichon avait lâché ainsi Hugues Single. Par peur que l'autre ne craque ?

Il interrogea l'ancien maire sur ce point qui lui répondit sans mystère

_ Plutôt en raison de divergences politiques profondes. Ichon était devenu mou à force de bouffer des petits fours et de caresser le cul des démocrates.Il a eu peur de moi !

Chez les fachos l'unité est un leurre et les appétits aiguisés font que les morsures sont profondes. Single s'était rapproché d'une ligne plus dure encore, une ligne qui menaçait la façade faussement bien pensante du parti. En coulisse des trahisons mijotaient, des perfidies s’aiguisaient, des félonies s'échafaudaient.

Quand tout cela fut révélé, Balthazar sortit au grand jour . Il était pâle.

A SUIVRE...Lundi

mardi 24 mars 2015

Massacre 38



38

Résumé :  Si vous n'avez pas bu depuis le début de cette histoire, il est grand temps, encore quelques événements plus un coup de théâtre, et ce sera trop tard.
 
 Neuf heures du matin. L'inspecteur Legrandu accompagné de son ami Jean-Jacques Gribois de l'INPS ( Institut National de la PoliceScientifique) sonnait au domicile du maire dans le quartier le plus bourgeois de Thouars, rue Camille Pelletan, où de belles demeures surplombent la riante vallée du Thouet. La vue se perd en face sur de moelleuses prairies. Les soirs d'été il fait bon savourer un drink en compagnie des notables, les couchers de soleil y sont somptueux et mériteraient à eux seuls un festival des couchers de soleil. La maison était d'un luxe extrême. Un domestique vint ouvrir et fit patienter les policiers dans un salon aux tapis épais, table de marqueterie, miroirs à facettes,et – faute de goût - la reproduction d'un Dali entouré de quelques trophées de chasse au-dessus d'un profond canapé de cuir.

_ Que me vaut votre matinale visite mes amis ? Demanda le maire en robe de chambre. Je vous prie d'excuser ma mise je suis rentré tard et me suis levé de même. Nous dînions à la sous-préfecture. Laissez moi deviner, vous avez encore des soucis avec ces foutus arabes ?

_ Pas du tout monsieur le maire, répondit Legrandu. Vous avez toujours votre Audi bleue ?

_ Certainement, pourquoi ? Me l'aurait-on volée ? Un noir ? Un Tzigane ?

_ Non, où est-elle ?

_ Mais si elle n'est pas volée, elle est dans sa remise dans ma maison de campagne à Saint-Généroux. Je ne m'en sers plus depuis longtemps.

_ Allons-y !

_ Comment ?

_ Allons-y tout de suite, l'affaire est grave je vous assure !

Inquiet le maire tenta de faire bonne figure.

_ Mais tout de même me direz-vous ?

_ Oui mais seulement en arrivant là-bas. Car j'aurais trop peur d'être ridicule à vos yeux, dit Legrandu avec un air de coupable soumission. Et il servit le mensonge tout chaud. Nous nous demandons si elle n'a pas été volée et si elle n'a pas servi à un braquage sanglant dans le sud de la France. L'immatriculation correspond.

_ Dans ce cas laissez moi un instant, je m'habille.

Tous trois partirent. Tous trois arrivèrent à Saint-Généroux. Hugues Single ouvrit la remise. L'Audi était là. Le policier scientifique ouvrit le coffre, aspergea son luminol et alluma sa lampe. Des traces d'un bleu turquoise apparurent.

_ Du sang pas de doute !

_ Vous êtes en état d'arrestation monsieur le maire, déclara doctement Legrandu en passant les menottes vivement autour des poignets de Single dont la balafre avait soudainement pâli.

Le maire piégé, protesta vainement, menaça, tempêta.

Le policier scientifique fit ses prélèvements. Ils révélèrent que le sang était celui de la fillette, ainsi que trois longs cheveux et un minuscule morceau d'ongle qui provenait de son index droit. Le petit corps de la malheureuse victime martyrisée était toujours à la morgue de l'hôpital, sa mère n'ayant pas les moyens de lui payer des obsèques et refusant l'inhumation publique. Il fut aisé de montrer que ce petit morceau d'ongle appartenait au cadavre .

Dans son bureau Legrandu présenta la situation au maire :
_ Le corps a été transporté dans cette voiture, cette preuve plus le témoignage de Ricardo : il n'en faut pas plus pour vous envoyer aux assises.

Hugues Single resta mutique jusqu'à une déclaration dans la presse qui changea tout.

A SUIVRE...

lundi 23 mars 2015

massacre 37





37
Résumé : On arrive bientôt à la fin, préparez vos mouchoirs !

L'inspecteur Legrandu achevait en soupirant son procès-verbal. Une fillette manouche avait été prise par le vigile d'Hyperbouffe alors qu'elle escamotait une tablette de chocolat. La police avait été alertée. Elle avait dû venir. Il avait fallu emmener la fillette au commissariat et enregistrer sa déposition, la placer en cellule en attendant que ses parents viennent la chercher et qu'ils subissent eux aussi une leçon de morale, une obligation de rembourser le chocolat, en attendant la convocation devant le juge des enfants. Telles étaient désormais les consignes impératives de la hiérarchie harcelée par la sous-préfète amoureuse d'Ichon.

Le flic songeait depuis quelques mois à quitter le service. Il avait la vocation, mais ce boulot le dégoûtait désormais. Il entama la rédaction de sa lettre de démission quand son téléphona sonna :

_ Allô ? Monsieur Legrandu ? Pouvez-vous venir me voir ? J'ai à vous parler de Balthazar Forcalquier. Je m'appelle Louis Granclerc. J'habite derrière la gare de Thouars, vous trouverez facilement c'est un petit pavillon en pierre avec un jardinet à légumes derrière et un parterre à roses devant. Sous la poignée de la sonnette il y a un panneau « attention au chien ». Et une petite plaque de cuivre gravée à mon nom. Ne redoutez rien, il n'y a pas de chien.

Moins d'un quart d'heure plus tard Legrandu sonnait.

Gandclerc fit entrer l'inspecteur dans sa cuisine, mais il ne lui servit rien à boire. Il connaissait Legrandu, mais se méfiait des flics depuis qu'un jour de 1943 ils étaient venus l'arrêter. Il raconta ce que Rodrigo avait vu.

L'inspecteur s'illumina d'un large sourire :

_ Ho ! Voilà si longtemps que j'attends cela ! Enfin une piste, une vraie. Quelle joie. Je n'ai jamais cru à la culpabilité de Balthazar. Je ne peux pas vous dire ce que j'ai fait pour lui mais croyez-moi j'ai essayé de l'aider. Où est-il aujourd'hui ce pauvre ami ? En avez-vous une idée ?

_ Hélas non! Je l'aimais bien aussi. Je ne l'ai pas revu depuis cette triste affaire.

L'inspecteur convoqua Rodrigo, enregistra sa déposition un soir quand le commissariat était quasi désert. Il lui recommanda de garder pour lui son témoignage jusqu'à nouvel ordre. Il lui expliqua que sa déclaration était nécessaire mais pas suffisante, que pour confondre le maire il en fallait plus et que cela était son affaire de flic. Le Gitan en fut bien étonné. C'était bien la première fois qu'un policier lui faisait de telles confidences.

Legrandu passa alors à la seconde phase de cette enquête qui piétinait depuis si longtemps.

Il appela le soir même son pote Jean-Jacques Gribois de l'INPS ( Institut National de la PoliceScientifique)

_ Viens demain avec ton matériel sans faute.
_ ça tombe bien je viens de toucher un nouveau luminol super efficace.
_ Viens avec !
A SUIVRE …



dimanche 22 mars 2015

massacre 36

36

Résumé : Il pleut !
Ricardo, le neveu qui a des révélations à faire est de retour ! Balthazar supporta comme un martyr la lente progession de la pendule toute la journée du lendemain. Et enfin, tard le soir, la porte de sa cellule s'ouvrit sur Luigi et Louis Grandclerc.
_ C'est du lourd Balthazar ! dit Louis avec un beau sourire. Je crois qu'on tient le bon bout mon ami. Votre calvaire va peut-être s'achever.
_ Voilà tout, raconta Luigi, Ricardo, lorsqu'il a été battu par le maire qui s'appelle Hugues Single, a reconnu l'homme à la balafre qui a tué l'enfant.

Le cœur de Balthazar faisait un bruit énorme dans sa poitrine. Ses mains se mirent à trembler doucement comme ceux d'un vieillard.

_ Ricardo n'a pas assisté au viol, vous imaginez bien. Mais il est arrivé quand Hugues Single a porté le coup fatal à la gorge. Ricardo était parti braconner, c'était dans les bois de Oiron. Il est resté derrière un chêne. Il a vu Single retourner le corps, fouiller dans sa poche, déposer un papier dans la main de la fillette. Puis il s'est reculé. Il a allumé une cigarette, il a attendu un bon moment en sifflotant le salaud. Il a recouvert le corps avec des feuilles mortes. Il est parti s'assoupir dans sa voiture que Rodrigo distinguait à travers les branchages. Mais il n'est pas parti. Intrigué par cette façon de faire Rodrigo est resté à l'affût, je peux vous dire qu'il a l'habitude. Deux heures plus tard, Single est revenu en s'étirant. Il avait dormi. Le pauvre petit corps avait atteint une relative rigidité. Il l'a emporté comme ça tout sanglant et l'a déposé dans le coffre de son auto. Une Audi bleue. Il est parti...Vous pensez bien que Ricardo a gardé cela pour lui. Un gitan qui braconne et ne va pas chercher les gendarmes... Il a eu peur qu'on lui mette cela sur le dos ... Il faut le comprendre le gamin. Et puis il ne savait pas qui était ce meurtrier jusqu'à ce que celui-ci se trouve devant lui et ne lui foute un coup de matraque dans le ventre.Chez nous les enfants sont sacrés. Mais tout ceci était surtout une affaire de gadjos.

Cette révélation changeait tout. On tenait enfin le coupable ! Balthazar se mordait les joues pour ne pas hurler.

_ Nous touchons au but, dit Louis Grandclerc. Rodrigo voudra-t-il bien témoigner ?

_ Oui si je lui demande. Et je le ferai, pour toi Louis, et pour ton ami.

_ Merci.

_ Merci ajouta Balthazar.

_ Mais cela ne suffit pas, ajouta Louis. Le témoignage de Rodrigo ne pèsera pas lourd face à celui du maire de Thouars. Il faut plus.

Un silence douloureux retomba sur les trois hommes.

_ A moins que … Il y a peut-être un moyen... murmura Louis avec un petit sourire.

A SUIVRE...




samedi 21 mars 2015

mercredi 18 mars 2015

massacre 35



35
Résumé : On a bu un alcool de Pascal Gabilly, il travaille à Massais, ça vaut le coup d'aller le voir !


Le temps passa mollement. Ludivine qui n'avait jamais été une bonne journaliste devint tout à fait fade, inodore, incolore et sans saveur. Sa rubrique lui ressemblait. Et en plus comme elle n'avait pas d'amant, pas même un coup d'un soir, elle se fanait. Sa rubrique aussi. Il est curieux de constater que souvent, comme le vin ressemble au vigneron, une rubrique de journal ressemble à son journaliste. Imaginez un franc buveur, joyeux, rieur et moqueur ; sa rubrique sera vive, un peu hasardeuse parfois, impertinente souvent. Imaginez un journaliste retors et aigre sa rubrique sera tordue et un peu rance. Donc Ludivine agissait sans envie, sans imagination. Elle fermait tôt la rédaction, quittait vite les vins d'honneur, on n'avait jamais vu cela à Thouars de mémoire de Thouarsais. Et les gens passèrent à autre chose. Ils s'habituèrent à cette glaciation, en se disant que Balthazar exagérait certes, mais que de son temps c'était quand même autre chose. N'empêche violer une gosse et l'achever à coups de couteau il fallait être un monstre. Un monstre que personne n'avait vu grandir à côté de soi. Et ce reproche chacun préférait l'enfouir au plus profond de son âme en se disant que d'une certaine manière ce journaliste n'avait jamais été bien clair. D'où venait-il d'ailleurs ? Personne ne le savait ? Avait-il seulement jamais eu une famille ? Et surtout où avait-il filé ? Sa fuite était bien la preuve de son crime. A tout prendre il valait mieux un journaliste moutonnier à un journaliste prédateur. La mode, en plus, était à ce style de presse dont le mot d'ordre était : pas de vague ! Que les élus soient contents et que les annonceurs soient heureux ! Les lecteurs mangeront bien la soupe qui leur sera servie du moment que la rubrique des faits divers soient bien garnies. Et elle l'était avec la bande Ichon, Single et Fit à la barre. Pas un vol de poule sans une mention et un communiqué sur ces tziganes qui vivent de rapine. Pas un vol de mobylette sans une diatribe contre les immigrés qui préfèrent trafiquer que travailler. Bon arrêtons-là, rien que d'écrire ces choses la nausée monte.

Balthazar attendait comme un rat et le poème de Baudelaire même ne parvenait plus à le sortir de sa torpeur :

Enivrez-vous
« Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous! (…) il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise. »

Le temps justement était devenu un infernal fardeau.

Un soir Luigi qui était de visite annonça :

A SUIVRE KUNDI... non MUNDI... non LUNDI !

mardi 17 mars 2015

Massacre 34

34
Résumé : Hein ? Quoi ?


On resservit encore du Duhomard (l'apéro de Thouars en vente partout en ville) et Luigi poursuivit son récit

_ Rodrigo était de passage dans notre campement quand nous avons été délogés par la milice de Thouars. Putain ! l'histoire recommence ! On chasse le gitans désormais ! Bref. A la tête de cette équipe habillée de noir, (ça ne s'invente pas), armée de battes de baseball et de matraques électriques, qui tenait en laisse des dogues hurlant, à la tête de cette triste équipe : Hugues Single. Le maire en personne avec sa gueule de faux derche et sa cicatrice sur la tronche. Il semblait prendre un plaisir fou à épouvanter les gosses. Nous avons plié bagages en vitesse. Rodrigo s'est interposé. Il s'est placé bien devant le maire et il a commencé à déclamer la déclaration des droits de l'homme. Il n'avait pas entamé le deuxième article qu'il s'est pris un coup dans le ventre. Il a tenté de lever la main. Mais il n'a pas eu le temps. Il a été passé à tabac. Sa mère l'a récupéré de justesse. Comme on le portait dans sa caravane il m'a dit dans un souffle : « ce salaud de maire je l'ai reconnu et j'en sais long sur lui... Le journaliste qui est dans la merde serait bien intéressé... Set piss talisa mon tonton » ( ce qui veut dire au-revoir mon tonton, en gitan ; car non seulement chère lectrice et cher lecteur inconnus vous en apprenez beaucoup sur les usages de la presse et des élus dans ce livre, mais en plus vous vous initiez aux langues essentielles, celles qui permettent de voyager  et dans quelques instants vous saurez tout du braconnage).

_ Bref poursuivit Luigi Rodrigo est parti, depuis je ne l'ai pas vu. Mais, à part vous comme journaliste dans la merde, je ne vois pas à qui pouvait faire allusion mon neveu.

_ C'est bien gentil, mais, excusez moi, cela ne me sort pas vraiment de mon infernale situation !

_ C'est vrai gadjo, mais je le verrai bien un de ces jours Rodrigo et on saura alors ce qu'il a voulu dire.

_ Hum... Mais quand ?

_ Ah ça ! Ça peut demander quelques mois, après le pélerinage à Sainte-Marie de la Mer et un long détour par la Sologne.

_ La Sologne ? Pourquoi la Sologne ?

Louis et Luigi échangèrent un sourire de connivence.

_ Avez-vous aimé le civet de lièvre d'hier Balthazar ? Demanda Louis.

_ Il était fameux !

_ Hé bien c'est un lièvre braconné en Sologne par Rodrigo l'an dernier, offert par Luigi, cuisiné et mis en conserve par moi.

Rodrigo était un expert en la matière. Il était la terreur des garde chasse. Tireur d'élite, il était aussi un redoutable collecteur de garennes. Pour cela il tendait un câble sous son auto et filait sur les départements entre Dhuizon, Bracieux et Salbris. Il ne lui fallait pas longtemps pour remplir son coffre. Sa famille était nombreuse et ses amis multiples. Les nuits noires il chassait aussi avec un phare très puissant, les yeux des animaux brillaient dans la nuit comme des cibles faciles ( c'est d'ailleurs de cette façon que se pratiquent les comptages). Parfois aussi il attachait solidement un fusil à canon scié sur le passage du gros gibier et tendait une ficelle en travers de la sente, accrochée à la détente de l'arme, redoutable technique ! Rodrigo et ses amis surveillaient aussi les pêches d'étang et venaient la nuit vidanger totalement les pièces d'eau déjà partiellement vidées. Au matin il ne restait guère de poisson et plus d'eau du tout. Bref le braconnage est tout un art interdit.

La soirée s'acheva sur des airs de flamenco. Luigi possédait un style très fin et fleuri comme celui de l'immense Sabicas. Et l'on bu jusque fort dans la nuit, une gnôle rugueuse et fluide avec une saveur de grappa : un alcool distillé par Pascal Gabilly à partir des moûts de Nicolas Reau.

 A SUIVRE...


lundi 16 mars 2015

Massacre 33



Il y a eu embrouille dans le numérotage, le n° 31 manquait hier,  ( c'est dommage parce que c'était un coup de théâtre) il est revenu à sa place entre 30 et 32 il suffit d'aller le lire sur le site du blog : http://sapristi-balthazar.blogspot.fr/





33

Résumé : moi, personnellement je m'en fous que vous ne la signiez pas cette pétition, je la connais, moi, la fin de cette palpitante histoire
.


Louis Grandclerc parla presque à voix basse comme si quelqu'un d'autre pouvait l'entendre. Comme s'il allait révéler un secret.

_ Nous allons avoir de la visite. J'ai enfin mis la main sur mon ami Luigi. Il passera ce soir. Il a des choses à nous dire à tous les deux. Et je crois que cela sera bougrement intéressant.

Le soir enfin arriva après une longue méditation sur la Patagonie, la lecture de quelques poémes de Baudelaire, et un ennui terrassant.

_Je vous présente Luigi. Vous pouvez lui faire confiance. Lui c'est moi, nous avons tout partagé dans les camps nazis, dit Louis en dégageant le passage.

Luigi était un petit homme noueux, vif, nerveux, le poil noir, la peau brune et ridée, deux yeux sombres qui firent le tour de la pièce en un instant.

_ Pas changé ici. A part l'odeur ! Ça pue maintenant ! Ça sent la chambrée ! Alors c'est vous le journaleux? Salut et fraternité. J'aime bien ici, je suis venu jouer de la guitare pour une fille qui s'ennuyait et sentait bon. Où est-elle aujourd'hui ? Dieu seul le sait. Bon... On peut boire un verre quand même ?

Louis qui n'était pas venu les mains vides, servit trois verres de Duhomard ( l'apéro de Thouars en vente partout en ville).

_ Toi, mon frère Louis j'ai un truc à te dire, je ne sais pas bien si cela va te faire plaisir. Tu te souviens de ton voisin cramé dans sa maison ? Bon... C'est moi qui suis venu foutre le feu. Je sais comment faire pour que cela semble accidentel, ce n'est pas si dur, il faut juste s'y connaître un peu en électricité. Bref. Un jour que je passais pour proposer de vider les caves et chiner ensuite ce qui peut l'être, j'ai sonné chez ce fumier. Il m'a fait entrer dans le vestibule, et là j'ai vu un cadre. On voyait cette saloperie en uniforme de milicien, c'est à lui que je dois mon séjour en camp. D'abord Montreuil-Bellay et puis ensuite comme je m'étais évadé : Buchenwald comme tu sais. Voilà tu dois savoir que c'est moi l'incendiaire. Et je te le dis je ne le regrette pas.

Louis sourit et raconta à Luigi l'histoire du cadre sauvé des flammes et sa joie en apprenant la mort du collabo.

_ Mais je ne savais pas que c'était à cette ordure que tu devais ta déportation toi aussi. Trinquons !

_ Bon la suite, poursuivit Luigi. Je suis bien placé pour me plaindre de ce salaud d'Ichon, de son pote ce dégueulasse de maire Hugues Single, et aussi de leur complice ce René Fit le conseiller général. Bref. Ces trois là nous mènent la vie dure. Impossible de rester une nuit dans le coin, ils envoient les flics nous chasser, et quand ce ne sont pas les flics se sont des milices de commerçants avec des chiens.

Il tendit son verre qui fut rempli, les deux autres aussi.

Luigi poursuivit :

_ Maintenant venons-en au fait.Vous ne connaissez pas mon neveu Rodrigo, mais lui il sait quelque chose sur vous.


A SUIVRE...

dimanche 15 mars 2015

massacre 32




32

Résumé : Je n'ai toujours pas reçu le moindre retour de cette pétition ! Je vous préviens, il n'est pas certain, si les choses vont ce train, que vous ayez la fin de cette passionnante histoire.


Louis Grandclerc arriva à cet instant. Il comprit tout de suite en voyant Balthazar très ému, assis sur le lit, une lettre parfumée dans les mains.

_ Ah je me doutais bien que vous fouilleriez dans mes affaires. Vous êtes journaliste, donc curieux en dépit d'un fin vernis d'éducation. Mais je ne vous en veux pas. Si j'ai laissé ici ces cartons, avec au fond de l'un d'eux cette lettre, c'était bien pour que vous la trouviez. Je me dis même que vous avez mis bien du temps.
_ Mais alors ?
_ Oui mon vieux Carlota est vivante, elle est en Patagonie. Elle a habité ici dans cette chambre plusieurs mois avant qu'on trouve le moyen de lui fournir un billet sur un cargo transporteur de bois. Cap sur le Brésil, et ensuite...
_ Attendez... Attendez... vous dites « on ».
_ Vous imaginez bien que je ne suis pas si seul Balthazar ? Vous n'êtes pas naïf à ce point quand même !
_ Attendez... Attendez... Une organisation ? Une organisation anarchiste ?
_ Vous n'avez pas besoin de savoir.
_ Attendez... Attendez... Carlota ne pas être vivante ! J'étais là ! Elle a abattu plusieurs patrons au hasard à Thouars, elle était plus efficace que les syndicats, elle a été traquée, elle s'est réfugiée dans un immeuble abandonné, avant que l'assaut ne soit donné tout a explosé, tout a brûlé ! On a même trouvé des ossements de femmes dans les décombres ! C'est impossible !

_ Homme de peu de foi ! Carlota avait préparé cette sortie. Un ami fossoyeur lui a fourni deux tibias humains récupérés lors de l'exhumation d'un tombe abandonnée. Quand, dans l'immeuble, où elle s'était réfugiée, la situation est devenue intenable, elle a allumé les mèches des explosifs et s'est éclipsée par un égoût. Hélas le passage était trop étroit pour son chien qui est mort là. Elle a sonné à ma porte vingt minutes plus tard. Avez-vous remarqué que son délicieux parfum est encore présent dans cette pièce. Quand je suis triste, il m'arrive de descendre ici et de rester un moment. Avez-vous remarqué aussi que sur le planisphère ici collé, une punaise indique la Patagonie. Connaissez vous ce beau vers de Blaise Cendrars : « il n'y a que la Patagonie qui convienne à mon immense tristesse ...» ?
_ « ... La patagonie, ou un voyage dans les mers du sud ! » compléta Balthazar.
_ Oui, ou les mers du sud reprit pensif Louis Grandclerc.

Ils restèrent tous les deux pensifs un moment et soudain Louis sourit
_Ah mais j'ai peut-être une bonne nouvelle. Enfin... une nouvelle pas mauvaise.
A SUIVRE...

massacre 31



Résumé : écarter la tisane, elle est comme l'eau, elle fait écrire mou.
_ Cher Louis, cher ami,ainsi débutait la lettre, je suis bien arrivée à destination. Le voyage a été long et la mer n'a pas été toujours d'huile.

Comment allez-vous mon ami ? Bien j'espère. J'ai trouvé ici un travail, je garde un troupeau de chèvres, c'est pittoresque. Autour de moi les montagnes sont belles à hurler. Mais il pleut beaucoup ici. On n' étouffe pas, entre 0 et 15 °. On se chauffe au bois de cyprés, la maison embaume. Cela vous enchanterez j'en suis sûre.

Les gens qui habitaient là jadis s'appelaient les Alakalufs, c'est un joli nom, n'est-ce pas ? Ici l'on chasse le lion de mer. Sa viande à un goût prononcé de poisson, mais avec une structure de veau. Enfin, à peu près... j'essaye de vous donner une idée de ce que cela peut-être. On pêche de l'achigan, des palourdes, des oursins, des crabes. Je mange bien rassurez-vous. Vous vous souvenez que vous me grondiez parce que je ne finissez jamais mon assiette ?

Vous dirais-je assez mon immense gratitude. Vous m'avez accueillie aux heure sombres et tristes. Vous m'avez hébergée. Vous m'avez cachée, nourrie, choyée. Savez-vous que je n'avais pas été l'objet d'une semblable attention depuis des décennies ? Votre tendresse amicale me manque ici. Vous me manquez Louis. J'aimerais vous voir le soir quand je rentre dans ma cabane de bois et de terre, je vous imagine là au coin du poêle. Vous souriez tout le temps. Et nous parlons longuement des anarchistes espagnols que vous avez bien connus, Buenaventura Durruti mort accidentellement en sortant de sa voiture je me souviens que vous m'avez dit : « il n'avait pas mis la sécurité de son arme, le coup est parti en pleine tête », de Francisco Ferrer le pédagogue libertaire dont vous me disiez qu'une rue de Thouars porte le nom. Nous parlerions de votre ami Marcel *. Et aussi de Buchenwald où vous avez vécu l'atroce de l'humain et la fraternité à nu avec votre ami Luigi. Transmettez lui mon amicale affection. J'ai tant aimé quand il me venait me divertir, me faire rire avec ses histoires de rapine, et jouer du flamenco dans votre cave.

Voyez-vous toujours votre ami Balthazar ? Est-il toujours aussi bizarre ? Je l'aimais bien aussi.

Je ne regrette rien savez-vous. Je suis allée au bout. J'ai vécu mes propres tourments. Je m'apaise. Je suis presque tranquille. J'ai adopté un nouveau chien il s'appelle Makhno parce qu'il n'est pas très obéissant.

Je vous embrasse, ne m'écrivez pas hélas, je redoute la curiosité des renseignements généraux, je crois qu'ils ne vous laisseront jamais en paix.


Suivait la signature et un lieu

                           Carlota à quelques kilomètres de Puerto Edén

Balthazar s'effondra en larmes sur le lit.

_ Carlota ! Carlota ! Mais alors ???**

*(Lire le secret de Marcel et Marcelle Marcel dans « Chroniques Noires à Thouars », Geste éditions).

** Lire aussi "Calibre" où apparaît Carlota  à cette adresse, à la date du 9 septembre 2013 : http://sapristibalthazar.over-blog.com/tag/le%20feuilleton/5

massacre 30



30

Résumé : Il y a aussi la savoureuse poire de Pasacal Gabilly ( Massais) et les grandes eaux de vie de Cazottes fort utiles pour les exercices de style délicats. Mais n'en pas abuser ici c'est pas Marcel Proust quand même.

La ville avait pris ses funestes habitudes, et finalement s’accommodait du temps nouveau. Ichon avait été élu au premier tour. Il était député. Il œuvrait désormais pour mettre à la mairie de Thouars l'un de ses hommes liges. La photo publiée dans le journal frappa Balthazar, il reconnut l'un des hommes qui parlait de lui au café des arts au début de cette histoire, un type avec une sale gueule de brute avec une vilaine cicatrice sur la joue droite, il conversait avec un freluquet avec une tête de félon à petite barbiche. Par un très curieux hasard le maire en titre démissionna et quitta la ville « ma santé est devenue fragile, je suis très fatigué » expliqua-t-il sans plus de détail. Il fallut organiser une élection complémentaire. La brute balafrée nommée Hugues Single fut élue conseiller municipal et dans la foulée l'assemblée communale le désigna comme maire de Thouars.

Presque en même temps le conseiller général démissionna aussi «   ma santé est devenue fragile, je suis très fatigué » expliqua-t-il sans plus de détail. Il fallut organiser également des élections complémentaires. Le freluquet avec une tête de félon à petite barbiche s'appelait René Fit, il le remplaça. Et le bourgeois semblait ravi ! Il avait voté pour la bande à Ichon qui commençait à étendre sa toile sur Bressuire à l'ouest et Parthenay au sud. Des relais fachos étaient à l'ouvrage avec ténacité et efficacité. Les messages les plus cons sont souvent les mieux compris, hélas !

Ludivine ne manquait plus une réunion publique elle avait pour Albert Ichon une attirance qui dépassait le strict cadre professionnel. Et le député, en diabolique stratège, maintenait le contact avec malignité sans passer la délicate frontière. D'ailleurs Ludivine était trop maigre pour lui. C'était un homme vulgaire. Elle n'était qu'un atout dans le jeu de ce facho, un valet, pas une dame. Désœuvré autant que désabusé Balthazar trouvait le temps long. Trois mois avaient passé. Il avait pioché avec gourmandise dans la bibliothèque. Il avait lu les Balzac alignés avec un plaisir absolu, et aussi Julien Gracq et avait relu les cinq volumes de Blaise Cendrars empilés là et aussi ce cher Huysmans et même Marcel Proust dans toute la « Recherche ». Il lisait et relisait Rimbaud, Baudelaire et René Char. Il dormait beaucoup. Louis Grandclerc passait tous les jours avec le journal et des assiettes garnies. Il semblait triste lui aussi.

Balthazar cherchait à tuer le temps. Il fouillait dans les cartons qui encombraient sa prison volontaire et c'est ainsi qu'il trouva une lettre qui exhalait ce parfum... tubéreuse peut-être.

Il déplia la lettre ; elle lui fit sauter le cœur.

A SUIVRE …


Ils ont parlé de l'avenir au "Terminal"

A Thouars, l'usine qui met des champignons en conserve ferme ! Ce n'est pas gai. Les élus locaux, départementaux, régionaux se sont réunis l'autre soir pour voir ce qu'il était possible de faire... Pas grand chose.
Ils se sont retrouvés dans un café appelé "Le Terminal"... Cela ne s'invente pas !


samedi 14 mars 2015

La phrase romanesque

"Je n'ai pas le temps de me reposer depuis que j'ai arrêté de travailler"
(Apache
)

Bien utile quand on lit

Rien de plus agaçant que de perdre sa page quant on lit ! Heureusement ces tracas sont finis depuis qu'on a inventé le marque-page. Mais encore faut-il en posséder un.
Voici !

Pour en disposer il suffit de m'en demander en joignant un timbre pour la réponse, ou une bouteille, ou un lingot, au choix !


jeudi 12 mars 2015

massacre 29




29

Résumé : Pas de vodka pour écrire, après le style est trop russe, la moindre nouvelle fait 300 pages au bas mot. Et puis personnes ne peut se souvenir des noms propres, alors que là....



Du fond de sa réclusion volontaire, Balthazar vivait l'existence singulière d'un moine. Il découvrait chaque jour les négligences de Ludivine, puis ses petites lâchetés et sa culpabilité professionnelle. Le dernier communiqué d'Albert Ichon ne faisait plus dans la litote mais tapait directement au foie :

_ Hier encore j'ai croisé devant la Poste de Thouars l'un de ces mendiants venus des contrées malpropres de l'Est. Il y en avait deux autres dans la rue piétonne, et encore une place Lavault. Il est temps de nettoyer nos rues de ces parasites. Hier encore une commerçante fort digne, Mme Birdat, me disait qu'elle avait essuyé une insulte proférée par un petit arabe. Il est temps de renvoyer ces gens et leur nombreuse (ô combien) famille dans leur pays ensoleillé. Heureusement notre circonscription ne souffre pas de l'abondance des noirs, mais il faut être vigilants chers compatriotes, on en annonce du côté de Parthenay et Bressuire.

La technique de cette fripouille d'Ichon était simple et hélas efficace : transmettre à la presse des comuniqués assez courts qui ne seraient pas taillés. En revanche en transmettre sur un rythme régulier autant que fréquent. Et forcer chaque fois le trait jusqu'à ce que l'énormité du message passe sans heurt. Tous les poncifs de l'extrême droite étaient ainsi déclinés, de la défense de l'Occident à celle de la famille catholique (intégriste).

Le dégoût de Balthazar grandissait comme le temps passait. Il en rageait et hurlait contre Ludivine cette

_ misérable petite conne !

Ludivine fut titularisée et conserva le poste de Thouars. La rubrique était molle, les élus n'hurlaient plus, le directeur était content. Les articles commençaientsouvent ainsi : « on a bien cru qu'il allait pleuvoir, mais heureusement il a fait beau sur la fête. Ce fut un bouquet de couleurs. Le maire a bien parlé. »

Legrandu était sorti de l'hôpital, mais son enquête piétinait et il perdait du temps. La sous-préfète devenue la grande amie d'Albert Ichon ( et peut-être même sa maîtresse) harcelait le flic. Il fallait faire des descentes régulières chez les manouches, il fallait fouiller la moindre auto conduite par un « bronzé » comme l'écrivait désormais Ichon ; le mot était devenu ordinaire, il fallait multiplier par quatre les patrouilles... L'étau se resserrait sur Thouars.



A SUIVRE Lundi...

Bientôt les cantonales ( archives)

mercredi 11 mars 2015

massacre 28

Musique d'ambiance ici (attention c'est moche ) : https://www.youtube.com/watch?v=IZP4wGmPa1Y


28

Résumé : Evidemment les jours de grande sécheresse intelectuelle il faut taper fort, par exemple, pour cette histoire j'ai achevé la réserve de mezcal, et j'ai bouffé les asticots avec .

Albert Ichon ne se contenta pas d'appeler Ludivine. Il ne se contenta pas de lui rendre visite. Il l'invita à la meilleure table de Thouars : « Le Logis de Pompois ». Là, sous les lambris et sous le regard attentif d'un maître d'hôtel stylé on vous sert des plats délicieux couverts d'une cloche d'argent. On vous découvre l'assiette d'un ample geste en récitant une tirade qui vaut les meilleures répliques du théâtre d'avant-garde

_ Farandole de légumes printaniers dans son aumonière de sarrazin escortée de son bar de ligne venu tout droit de la mer en tempête et de sa coquille saint-Jacques juste passée à la poêle avec sa truffe fraîche d'Availles-Thouarsais... Bon appétit !

Ludivine qui d'ordinaire était pourtant rassasiée avec un demi-croissant, fut éblouie. Elle commanda sur la carte ( sans mention de prix) : des dos de saumon marinés fraîcheur de concombre à la menthe, puis des filets de rougets saisis avec sa tapenade et caviar d'aubergine en ravioles. Puis en faisant l'impasse sur le chariot de fromages ( pourtant somptueux), elle dégusta un macaron litchi-rose ( semblable au sublime Ispahan de Pierre Hermet). Cela servi avec une vieille bouteille désormais introuvable de Nicolas Reau un « Victoire » rare. Jamais de sa vie elle n'avait mangé de semblable façon. Elle fut un peu maladroite avec le maniement du couteau à poisson, lequel se tient comme un stylo. Avec beaucoup de tact Albert lui montra comment faire accompagnant son geste d'un énorme mensonge :

_ Je me permets de vous montrer, je viens d'apprendre le geste hier seulement.

Elle ne fut pas insensible au charme d'Albert qui portait encore beau en dépit de ses 50 ans. Il était encore svelte malgré une légère rondeur autour des reins. Pull de cachemire, foulard de soie, pantalon de lin blanc, mocassin à pompons.

_ Chère amie, vous permettez que je vous appelle chère amie ? Je ne vous cacherai pas que j'ai été stupéfait par l'attitude de votre confrère. Nous n'avions pas de bons rapports je ne vous le cache pas, mais je ne le croyais pas capable d'une telle ignominie. Je mentirais si je vous disais que je le regrette. Je suis sûr que nous pourrons nous entendre tous deux. Oh ! Je respecte votre indépendance, la liberté de la presse est sacrée, et je ne tenterai jamais d'influencer vos choix éditoriaux. Je demande seulement une égalité de traitement avec mes adversaires. Vous savez que je me présente aux législatives ? He bien vos lecteurs n'en savent rien ! Ah je vous vois étonnée ! En effet votre prédécesseur n'a pas jugé utile de relayer cette information. Je me permets donc de vous remettre ce premier communiqué.

Le lendemain le communiqué était publié in extenso. Ce n'était que le premier d'une longue série accompagnée d'un bouquet de fleurs pour l'anniversaire de Ludivine, et d'un second repas au Logis de Pompois, dîner tout aussi délicat que le précédent.

La teneur des communiqués se faisait peu à peu plus agressive, mais Ludivine n'y trouvait rien à redire. Elle ouvrait et fermait les guillemets.



A SUIVRE...

Massacre : c'est le souk ! on fait marche arrière

Bon, j'ai forcé sur le rhum qui tue et tout s'est embrouillé.
vous n'avez pas  lu l'épisode 26
donc le voici,
puis le 27 déjà publié.

Et la suite (28) dans la foulée. Mille pardons !
Balthazar


26


Résumé : Ou en étais-je ? Ah oui... il y a eu plein de trucs depuis le premier chapitre, ça va être coton de résumer. Disons que Balthazar est dans la mouise.



Karantec brandissait le journal et hurlait

_ Qui a écrit ce torchon ?

Ludivine qui avait de l'esprit le fit asseoir. Ludivine était l'une de ces jeunes journalistes qui ont envahi les rédactions. Titulaire d'un BTS à Tours elles ont rêvé d'un noble métier et se trouvent à couvrir des concours de pétanque, à servir les plats à des élus pleins de morgue, à essuyer les colères de syndicalistes malmenés. Elles tombent de haut et expédient les affaires courantes sans enthousiasme, en soupirant. Elles n'ont pas de volonté, pas de courage : elles sont parfaites pour la nouvelle ligne éditoriale. Elles sont molles mais pas stupides.

_ Qui êtes-vous ? Dites-moi ce qui vous choque ? Demanda-t-elle à Karantec, lequel, protesta de l'innocence de son ami, exprima son dégoût pour tout ce qui avait été imprimé, et de bonne foi, raconta qui était véritablement Balthazar pour lui.

_Un anar certes, un insolent d'accord, un alcoolo oui, mais un homme digne... incapable de faire le moindre mal à un être faible.

_ Et vous avez des photos de lui ?

_ Heu, oui.. Peut-être... On a fait un voyage en Bourgogne, en Alsace et en Bordelais, en Côte du Rhône... Que les grands crus madame ! Si c'est pour rétablir la vérité, je veux bien vous les apporter.

_ Comptez sur moi.

Ludivine rédigea un papier à sa façon avec une encre trempée dans l'eau tiède. Le directeur aurait voulu quelque chose de plus nerveux :

_ C'est ta chance Laetitia, si tu cartonnes avec cette affaire, tu auras ton CDD et qui sait peut-être, tu seras titulaire du poste de Thouars.

Titulaire du poste de Thouars... de quoi faire rêver une jeune fille qui, étudiante, se voyait accréditée à vie à l'Elysée, ou envoyée spéciale au G 20 ...

Mais comme elle avait déniché des photos de Balthazar, le directeur voulut bien concéder un :

_ Bon c'est pas trop mal. Continue.

Et elle continua en se contentant d'ouvrir et fermer les guillemets, ce qui est le propre du journalisme mou.

Madame Michacul croisée sur le marché avec son chienchien « Benito » dans les bras voulut bien parler :

_ Mais vouiiiii, j'ai lu ça ! Oh quelle horreur ! C'est vrai que ce monsieur Balthazar était bizarre. Oh j'ai rien contre lui, mais parfois il était négligé. Peut-être buvait-il trop. Et... En confidence je crois qu'il n'aimait personne. Alors il ne faut pas s' étonner qu'on ne l'aime pas... Ben dame !

Martine, la secrétaire, interrogée aussi, baissa les yeux et murmura dans un sanglot :

_ Ce n'est pas possible ! Ce n'est pas possible !

Elle voulait signifier que Balthazar était incapable d'un tel forfait. Mais sans décodage, sans chercher plus loin, juste avec les guillemets, on pouvait lire cela comme un cri d'horreur.

Et ce n'était qu'un début.

A SUIVRE...




27



Résumé : Sinon il y a les alcools rudes. Je connais un Rhum agricole offert par l'Alain des îles qui fait merveille. 59 ° et plein de belles idées qui se bousculent dans son sillage. C'est fou ce qu'il inspire quand on le respire.
En fouillant dans l'annuaire de la rédaction Ludivine trouva les contacts de Balthazar.

Les défenseurs de Balthazar se comptaient sur les doigts d'une main : Moustache le pompier, Mouloud le syndicaliste, Michka le casseur de voitures, Juan-Lukos Caraboc le mage, peut-être Sobiestawa une vague polonaise qui de toute façon ne répondait jamais au téléphone ou alors très vaguement, Philippe Perrein lui, était joignable mais on ne comprenait pas ce qu'il disait, Fred un type perdu dans des musiques électroniques, quelques vignerons aux rendements miséreux ; bref rien de très reluisant pour un lectorat bourgeois.

Alain Fouquet, infirmier en alcoologie, sollicité par Ludivine, se retrancha dignement derrière le secret professionnel. Ce qui en disait long tout de même.

En revanche les ennemis de Balthazar étaient légion :

Me Aimery de Prime d'Antignol (avocat des riches), Jérôme Machecouille ( le patron d'Hyperbouffe), Henri Mistrat ( aubergiste du moulin bleu), Angèle Matrille ( femme d'un marchand de porcs), Albert Ichon et ses sbires, pour ne citer que les plus connus sur la place, sans compter les francs-maçons perdus dans le rituel des affaires, les notables de tout poil bien contents de s'être débarrassés à bon compte du journaliste, les officiers de toutes garnisons, les prélats cauteleux, des flics, des gendarmes, des anciens combattants de cantine, des religieux intégristes,... cela en faisait du monde !

Deux personnes restaient sans avis : Josiane Birdat * commerçante à l'enseigne de la droguerie générale rue Saint-Médard, une poissarde bête et cruelle mais non dénuée de bon sens ; et Me Freddy Mespieds l'avocat des pauvres ( quand ils peuvent payer) ces deux là disaient à peu près la même chose :

_ Qui connaît le fond de l'âme humaine ? N'est-ce pas ? Attendons de savoir ce qu'il dit Balthazar. D'ailleurs où est-il ?

Louis Grandclerc ne répondait pas au téléphone.

_ Et puis qu'aurait-il pu dire de plus ? Se demanda Ludivine en croquant tristement un sandwish à la salade entre midi et deux, assise au bureau, devant un grand verre d'eau. Il fallait remonter à plusieurs décennies pour se souvenir de la présence d'un verre d'eau sur le bureau de Balthazar.

Legrandu n'était pas sorti de l'hôpital. Il avait le nez brisé, les vertèbres cervicales déplacées ; et comme il s'était cogné à l'angle de son bureau en tombant, il souffrait également d'un léger traumatisme crânien. En dépit de ces blessures il souriait in petto

_ Mon fumier, tu ne m'as pas loupé pensait-il en s'adressant mentalement à Balthazar vu qu'il se parlait à lui-même, c'est le principe même de la pensée. Mais cela en valait la peine, les recherches sont vaines, elles sont suspendues, surtout reste bien planqué mon pote. Attends que je reprenne du service.

Mais il y en a un qui n'attendit pas pour reprendre du service .


*Voici le portrait de Josiane Birdat ( « Deux Bouteilles Tordues Comme le Reste », dans « Chroniques Noires à Thouars », Geste éditions) : Elle économisait sur l'électricité et le fuel. Elle économisait sur tout, même sur la savonnette. L'avarice est la seule passion qui ne coûte rien. Mais accueillait le visiteur avec chaleur ( ce qui ne coûte rien)


Note de l'auteur : je reçois aussi ce témoignage réconfortant de Jean-François Mathé, authentique poète : “Si par hasard vous vous révéliez vraiment coupable dans cette sordide histoire de massacre, si vous passiez en jugement, vous pouvez faire appel à moi : je serai un ardent témoin de moralité.” Merci à lui, mais hélas les poètes ont peu de poids aux assises. A Jean Genet qui avait volé un livre le président demanda “ connaissez-vous au moins le prix de cet ouvrage ?”, l'écrivain répondit : “non, mais j'en connais la valeur”... Il fut condamné.