Les archives de ce blog sont à voir sur "Sapristi Balthazar over-blog.com"

mardi 31 mai 2016

Debout (13 ... la reprise)







 Toujours la propagande par le fait :Caserio poignarda le président de la République Sadi Carnot, lequel n'avait d'ailleurs jamais gracié un anarchiste, même si celui-ci n'avait pas de sang sur les mains ainsi qu'on l'a vu précédemment. Donc Sadi Carnot entendit pour derniers mots ceux de son assassin "Vive la Révolution!". Caserio fut condamné à mort et lorsqu'il quitta sa cellule de la prison Saint-Paul de Lyon pour monter à l'échafaud, un orage éclata et, le croirez-vous, la foudre frappa la guillotine... Un signe de Dieu ? Non, la plupart des anarchistes sont athées, mais pas tous.


Ainsi allait l'anarchie en ce temps, avec une presse active et des poètes. De beaux poètes comme Jean Richepin, écoutons " les oiseaux de passage : "l'air qu'ils boivent ferait éclater vos poumons (...) fils de la chimère, des assoiffés d'azur, des poètes des fous, et le peu qui viendra d'eux à vous c'est leur fiente".  

Jean Richepin



Le gouvernement ne craignait pas les bombes de quelques exaltés, mais il redoutait les idées anarchistes plus fortes, plus efficaces, plus dangereuses. Fort des lois scélérates, il entreprit un vaste procès qui assembla 25 prévenus accusés d'association de malfaiteurs : des écrivains, d'authentiques bandits, des journalistes, des voleurs. On appela cela le procès des trente parce que 5 avaient pris la poudre d'escampette et notamment Emile Pouget le directeur du "père peinard" journal resté mythique chez les anars. Il y avait là sur le banc : Jean Grave théoricien de l'anarchie, Sébastien Faure également au service de l'anarchie et d'autres... Le procureur eut peur et obtint le huis clos. C'est dire si la république avait peur, mais tous furent acquittés, sauf un voleur. La république n'avait pas encore 20 ans, elle n'avait pas encore affûté ses techniques.

Une adresse utile :

MENTEUR XVIII

(bien sûr on peut ne pas regarder jusqu'au bout, tant pis pour vous alors)


Avant de devenir hirsute et sage j'ai marché longtemps le long de cette mer.

Manger ? oui je le pouvais : des animaux saisis et dévorés crus. Mais boire ? Le premier jour un orage avait rempli les cuvettes naturelles, les trous dans les roches. Je marchais. Et je titubais.
Puis le soleil avait régné. Et j'allais en courant et hurlant.
Je voyais des femmes inconnues et goguenardes. Et des amis lointains. Et une fille qui, me voyant tournait les talons. Les filles ont cet instinct de préservation qui les rendent tellement  (in)différentes. Un besoin de sauver la couvée ... certainement.

Je traversais alors un bosquet d'épineux.
Mille feux dans les yeux.
Je titubais.
Et je m'effondrai.

En basculant en arrière le rideau de ronce s'effondra. Derrière une porte et derrière encore une pièce.
Je découvrais alors un refuge. Avec, dans le lit d'herbe sèche un vieux cadavre, celui d'un homme très sec. Dans le fond de la pièce le friselis d'un source...

Ainsi je prenais la place d'un vieil anachorète mort là il y a cent mille ans.. Il était bien équipé le bougre. Il avait construit sa cellule au bord même d'une fontaine qui traversait son unique pièce. Dans une sorte de placard je trouvai plusieurs briquets en mèche d'amadou.


Dans l'âtre j'allumais un feu. Puis je jetai le cadavre du haut du promontoire dans la mer. J'étais chez moi dès lors. Je piégeais des rats et je faisais griller des sauterelles. 

Une nouvelle vie commençait.

Je déféquais du haut des falaises, sans honte, à la vue des abeilles et des sauterelles. Sauvage ? oui, mais plus encore. Conscient de l'être.
Les hommes savent qu'ils ne savent pas. Les animaux ne savent pas qu'ils savent. Moi je savais ce qu'il y avait à savoir.

Par les temps qui courent


lundi 30 mai 2016

Debout ( 12 ... la reprise)



Il faut bien ici parler un peu des lois scélérates. 12 décembre 1893. Elles condamnaient dans la presse, les délits consistant à des provocations , actes de violence ou apologie de ces actes. Les socialistes dont le programme, à l'époque, avait des parfums révolutionnaires ( pas comme aujourd'hui) se sont émus. On ajouta donc à la loi cette précision " à but de propagande anarchiste". Les tribunaux correctionnels avaient dès lors le pouvoir de relégation (exil souvent en Nouvelle Calédonie), et d'interdiction de journaux qui rendaient compte des procès sensibles !


Jaurès ( je l'aime bien celui-là) tempêta " puisque vous voulez être sévères dans la répression contre les révoltés, soyez sévères aussi dans la répression contre les corrupteurs et les corrompus (...) Et le jour où le même navire emportera vers les terres fiévreuses de la relégation le politicien véreux et l'anarchiste meurtrier, ils pourront lier conversation."
Savez-vous que Raoul Villain qui assassina Jaurés, fut jugé en 1919 et fut... acquitté ?

Comprenez-vous parfois la colère du peuple ?  


En 1936  les anarchistes exécutent Raoul Villain sans que l'on sache s'ils connaissaient son identité écrit Wikipédia. Moi je n'ai pas de doute, les camarades savaient qui était ce triste sire.


Revenons à notre histoire.


Après l'attentat de Vaillant contre les députés (voir hier), Emile Henry jeta une bombe dans un beuglant, un de ces bals populaires "je ne me suis pas attaqué aux juges, à la police, aux pouvoirs publics, j'ai frappé des gens qui écoutaient de la mauvaise musique" expliqua-t-il.


Fatale dérive, l'anarchie n'est pas le terrorisme !


Jaurés


Jaurés pas anarchiste mais juste

MENTEUR XVII






Il y a dans la solitude mille tortures et autant de plaisirs. Laissons-là les tortures dont on sait d'instinct les fers et les pics, les tranchants et les errements. Mais les plaisirs ! Ils offrent la liberté grande, celle de l'impudeur et celle de la folie. Etre seul vraiment est un trésor. Pas de compte à rendre. Pas de frontières. Pas de morale !

PAS DE MORALE !

On peut parler des langues inventées dans l'instant pour se parler à soi même et se comprendre. Imaginer des adverbes insensés. Avoir d'intimes pulsions comme ces papous qui fécondent la terre. Avoir des rêveries qu'il n'est pas nécessaire de partager au risque de les affadir.
Etre seul c'est croiser dieu et le diable d'un même mouvement.

Le diable te propose d'être le roi du monde et tu ris car tu es déjà - seul - le roi du monde.


Pas de bavardage vain quand on est seul. Ou alors des répliques anodines :
_ as-tu bien dormi ?
Auxquelles il n'est pas nécessaire de répondre. Car c'est bien là l'un des secrets : il n'est pas nécessaire de se répondre. On se parle seulement pour entendre une voix humaine, déformée d'ailleurs.
Je me couchais en me disant :
_ Ah la grand mère est bien fatiguée aujourd'hui !

Je déféquais du haut des falaises, sans honte, à la vue des abeilles et des sauterelles. Sauvage ? oui, mais plus encore. Conscient de l'être. 

Ma barbe avait poussé. Mais avant d'en arriver là il faut que je vous dise qu'une fois encore javais failli mourir.



Par les temps qui courent


dimanche 29 mai 2016

Par les temps qui courent


Debout ( 11 ... reprise)

La propagande par le fait eut un autre acteur : Auguste Vaillant. 




Auguste Vaillant


Le 9 décembre 1895 il jette une bombe à l'assemblée nationale. 80 blessés dont une soixantaine de spectateurs parmi eux Vaillant lui même. Plusieurs témoins avaient vu la bombe lancée, un cylindre d'environ quinze centimètres de long qui fit un bruit semblable " à celle d'un immense sac en papier qu'un enfant eut crevé par jeu. La détonation avait produit un éclair bleu d'une rare intensité."


Ce fut l'indignation générale et les socialistes ne criaient pas moins fort. Quelques journalistes prirent la défense de Vaillant et notamment Edouard Drumont pourtant d'extrême droite et antisémite qui écrivit ironiquement : " il s'est trouvé un scélérat de plus qui n'a rien compris aux enseignements de la société nouvelle. Le vol mérite les hautes distinctions quand il atteint des millions. On lui a montré des coquins qui ont trafiqué cyniquement leur mandat en rentrant triomphalement au palais Bourbon pour y faire des lois."Il est vrai qu'entre le trafic de légions d'honneur et le scandale de Panama ( qui ruina bien des pères de famille), les puissants ne montraient pas l'exemple. Les temps ont-ils changé ?



Vaillant aux assises expliqua qu'il n'avait pas voulu tuer, "sinon j'aurais apporté une bombe plus grosse!" Il fut condamné à mort et n'avait tué personne pourtant. Il refusa le verre de rhum devant la guillotine " je ne suis pas un assassin, je n'ai pas besoin d'alcool pour avoir du courage."


Les auteurs du scandale de Panama retrouvèrent eux une confortable liberté. Ils avaient pourtant eu à faire au procureur qui fit condamné Ravachol. Mais la procédure fut en l'occurrence plus douce...


Vengé mais épouvanté, le gouvernement fit passer en urgence une série de lois, les lois scélérates, qui autorisèrent la répression et muselèrent la liberté d'expression. Les députés savent se protéger.





 

MENTEUR XVI



La felouque s'approcha et stoppa à quelques mètres du rivage. Le fond était de sable clair, l'eau d'une absolue limpidité. Le capitaine me tendit une main que je dédaignai, je pris néanmoins la bouteille d'eau que le second m'offrait et je sautais par-dessus le bastingage.  L'eau était fraîche et agréable. Les flots baignaient mon torse. Comme je posais le pied sur la plage déserte, je vis la felouque mettre le cap sur le large.
J'étais dans une complète solitude, dans un monde inconnu, avec un litre d'eau potable. Les pieds nus,  un pantalon usé et une chemise déchirée.



Je m'allongeais sur le sable. En quelques minutes dans la fournaise de cette demi-journée, j'étais sec. J'entrais un peu dans les terres à la recherche de nourriture et d'un abri. Au passage je dérangeais des lézards verts et d'énormes scorpions noirs qui s'assoupissaient sur les rochers.


Il me fut aisé de lancer une grosse pierre sur un lézard. Je le déchirais avec les dents et le mangeais cru. Il était délicieux, avec néanmoins un arrière goût amer. Sur une colline je trouvais un figuier couvert de fruits savoureux.

Le monde était beau. La nuit venue le ciel était palpitant sous la pulsion de galaxies. La solitude eut alors mille vertus. Au moins je n'avais pas été égorgé, pas mangé par les poulpes. Demain il serait temps de trouver un toit, de quoi faire du feu, et une source. Je pouvais dormir repu, nu sur le caillou qui offrait la chaleur du jour sous la voûte céleste. L'air embaumait le thym et la résine.




Verdun ? Réponse à ceux d'extrême droite











…Les temps passent

Les années s’écoulent comme des nuages

Les soldats sont rentrés chez eux

A la maison

Dans leurs pays

Et voilà que se lève une nouvelle génération

Le rêve des Mamelles se réalise !

Des petits Français, moitié anglais, moitié nègre, moitié russe,

Un peu belge, italien, annamite, tchèque

L’un à l’accent canadien, l’autre les yeux hindous

Dents face os jointure galbe démarche sourire

Ils ont tous quelque chose d’étranger et sont pourtant bien de chez nous

Au milieu d’eux, Apollinaire, comme cette statue du Nil, le père des eaux,

Étendu avec des gosses qui lui coulent de partout

Entre les pieds, sous les aisselles, dans la barbe

Ils ressemblent à leur père et se départent de lui

Et ils parlent tous la langue d’Apollinaire


Blaise Cendrars (1887-1961)

vendredi 27 mai 2016

Croisée dans l'émission poétique de Jacques Bonnaffé




nous sommes un peu dur d'oreille
nous vivons trop près des machines
et n'entendons que notre souffle au-dessus des outils

speak white and loud
qu'on vous entende
de Saint-Henri à Saint-Domingue
oui quelle admirable langue
pour embaucher
donner des ordres
fixer l'heure de la mort à l'ouvrage
et de la pause qui rafraîchit
et ravigote le dollar

speak white
tell us that God is a great big shot
and that we're paid to trust him
speak white
c'est une langue riche
pour acheter
mais pour se vendre
mais pour se vendre à perte d'âme
mais pour se vendre

ah! speak white
big deal
mais pour vous dire
l'éternité d'un jour de grève
pour raconter
une vie de peuple-concierge
mais pour rentrer chez-nous le soir
à l'heure où le soleil s'en vient crever au dessus des ruelles
mais pour vous dire oui que le soleil se couche oui
chaque jour de nos vies à l'est de vos empires
rien ne vaut une langue à jurons
notre parlure pas très propre
tachée de cambouis et d'huile

speak white
soyez à l'aise dans vos mots
nous sommes un peuple rancunier
mais ne reprochons à personne
d'avoir le monopole
de la correction de langage

dans la langue douce de Shakespeare
avec l'accent de Longfellow
parlez un français pur et atrocement blanc
comme au Viet-Nam au Congo
parlez un allemand impeccable
une étoile jaune entre les dents
parlez russe parlez rappel à l'ordre parlez répression
speak white
c'est une langue universelle
nous sommes nés pour la comprendre
avec ses mots lacrymogènes
avec ses mots matraques

speak white
tell us again about Freedom and Democracy
nous savons que liberté est un mot noir
comme la misère est nègre
et comme le sang se mêle à la poussière des rues d'Alger ou de Little Rock

speak white
de Westminster à Washington relayez-vous
speak white comme à Wall Street
white comme à Watts
be civilized
et comprenez notre parler de circonstance
quand vous nous demandez poliment
how do you do
et nous entendes vous répondre
we're doing all right
we're doing fine
We
are not alone

nous savons
que nous ne sommes pas seuls.
 

L'aphorisme de la semaine

Un type dont le nom de famille serait Moidabord
ce serait exagéré non ?
(Balthazar Forcalquier)

mercredi 25 mai 2016

MENTEUR XV


Le second fut tout éclaboussé du sang du mousse. Un morceau de cervelle lui sauta au visage. Je vis le capitaine hurler, mais je n'entendis pas son cri, le vent faisait son tapage. L'enfant ouvert fut poussé sous le plat-bord avant. Il y avait urgence ailleurs. La felouque dansait frénétiquement. Il n'y avait rien à faire qu'écoper furieusement et tenter de maintenir l'embarcation en forçant terriblement sur le gouvernail.

Cela dura des heures.

Et peu à peu le vent s'apaisa. La mer restait grosse. Nous étions épuisés. Nous dormîmes tour à tour, prenant chacun le quart afin d'orienter la proue toujours vers la houle.
Enfin tout redevint parfaitement calme. Le capitaine pleura enfin son neveu qui fut immergé, cousu dans une vieille voile, et lesté d'une gueuse.

_ Nous ne te tuerons pas, dit-il, la tempête a chassé les poulpes. C'est fini, nous n'avons plus rien à faire dans ces eaux tristes. Nous ne pouvons te ramener au port. Nous nous méfions de toi, tu pourrais parler, d'ailleurs tu parlerais. Nous allons te laisser sur une grève par là.
Il montrait l'Est.

En taillant dans la voile latine nous pûmes prélever sur la bordure un semblant de toile. Ce fut assez pour reprendre notre route, lentement. A bord personne ne parlait plus. Nous laissâmes la Lycie à bâbord puis la felouque piqua vers une plage de Cilicie.


C'était au théâtre de Thouars


"Discours à la Nation"avec David Murgia, ah la belle soirée trempée toute nue dans le bain rafraîchissant de l'anarchie et le bidon acide du capitalisme le plus cynique !
(texte d'Ascanio Celestin)


Une séquence qui dit avec conviction combien nous sommes désormais plongés réellement dans le monde de Kafka.



Debout (10 ... reprise)







Ravachol

Ravachol, ce nom évoque irrémédiablement l'anarchiste dans toute son ampleur... C'est un peu exagéré. Car le bonhomme n'est pas sans reproche. Il s'était fait une spécialité : le meurtre des dévots, il dépouilla aussi une morte enterrée depuis plusieurs jours. Quand il fut arrêté la société respira mieux. Il est vrai que depuis plusieurs mois des bombes explosaient à Paris, on les plaçait au 2e étage des immeubles, c'est là parait-il que cela faisait le plus de dégâts. Les cibles étaient des magistrats. Le climat était tendu. L'arrestation de Ravachol arrivait à point.


Dans cette France des années 1880 - 1900, la république est encore neuve, le syndicalisme balbutie, le patronat n'a pas encore trouvé d'habiles répliques aux émeutes, les salaires sont bas, les journées de travail sont de 10 à 11 h. Le gouvernement a, comme objectif essentiel, non pas la satisfaction des revendications mais le maintien de l'ordre. La corruption va bon train.


Le procès de Ravachol met la police sur les dents. Tout le monde est persuadé qu'une bombe sera placée dans le tribunal, des arrestations préventives se multiplient dans les milieux anarchistes. Ravachol reconnait tout et donne des détails. Oui il a posé la bombe devant la porte de M. Bulot substitut "parce qu'il avait requis la peine de mort contre un père de famille. J'ai voulu faire comprendre à ceux chargés d'appliquer les peines qu'ils aient à être plus doux."


Oui il a fouillé le cercueil d'une morte "on n'enterre pas une morte avec ses bijoux alors que des enfants meurent de faim".

Condamné à mort, il monte à l'échafaud en chantant " si tu veux être heureux, nom de Dieu, pends ton propriétaire".


Les anarchistes ne furent pas unanimes à soutenir Ravachol, certains de ses crimes étaient horribles, On l'accusa à tort d'un être agent provocateur. Elisée Reclus ( grand géographe) lui rendit hommage. Et comme son seul nom suffisait à faire trembler les bourgeois, il entra dans la légende anar. Il y est encore.



mardi 24 mai 2016

Debout (9... la reprise)



Alors que Fernand Pelloutier , l'organisateur des bourses du travail , oeuvrait dans le syndicalisme anarchiste, d'autres optèrent pour une voie individuelle, plus insensée et plus tragique.

Clément Duval, ouvrit ce chemin. Le 5 octobre 1886, une bande investit la maison d'un peintre réputé à l'époque et aujourd'hui inconnu (Madeleine Lemaire) spécialiste des fleurs... 



Les visiteurs emportèrent bijoux et argenterie, brisèrent le reste, et allumèrent un incendie vite maîtrisé. Clément Duval qui mena cette équipée fut rapidement interpellé. Il revendiqua la qualité d'anarchiste et son appartenance au groupe de "la panthère des Batignolles". A son procès il reconnut les faits et précisa que la propriété individuelle n'ayant aucune source légitime il était logique de s'approprier le bien d'autrui pour la cause. Il est vrai que le butin avait servi à aider un ami en prison. Son avocat plaida ainsi : " Duval n'est pas un malfaiteur, mais un homme qui met sa vie au service de ses idées".

Intraitable, Duval menaça les magistrats et le jury de la dynamite.

Certes Proudhon avait bien écrit cette fameuse phrase "la propriété c'est le vol" mais c'était la première fois que la formule devenait, en quelque, sorte réalité ! Les socialistes étaient effrayés. Mais d'autres se disaient que, somme toute, ce qu'avait fait Duval n'était pas si illégitime, puisqu'en face, les bons bourgeois s'engraissaient. Comme le gendre même du président de la République qui vendait des légions d'honneur (énorme scandale de l'époque). Pourtant Duval fut condamné à mort alors qu'il n'avait pris la vie de personne ! Sa peine fut "adoucie", il partit pour le bagne duquel il s'évada.

Cette affaire fut longuement commentée, la cause était-elle compromise ou relancée ?

Albert Goullé estimait que "la reprise individuelle" ( la formule fit flores) n'était pas une solution acceptable. Les anarchistes ont débattu sans fin sur ce thème. Vint alors Ravachol !


Clément Duval

MENTEUR XIV




Je fus réveillé par un paquet de mer qui bascula par-dessus le bastingage. Le vent s'était levé furieux. La mer s'enfouissait dans des gouffres puis s'élevait sur des cimes. La tempête était arrivée soudainement par l'ouest. La felouque était secouée. Rudoyée.



 Les voiles avaient été amenées et le capitaine avait toute les peines de monde à maintenir son embarcation face à la vague. Le vent tournait sur lui-même et semblait venir des quatre points cardinaux en même temps dans un formidable tumulte. L'eau embarquait à chaque secousse, le second et le mousse écopaient en haletant. L'eau baignait mes mollets.



J'hurlais au capitaine
_ Délivrez- moi, je vais aider à pomper.

Mais la trombe imposait son concert. Je vociférais muettement. Une angoisse affreuse est montée soudain. Je n'avais jamais eu alors vraiment peur. Je veux dire qu'une panique battait mes tempes à grands coups. J'avais bien voulu mourir sous le couteau mais la perspective d'une fin mouillée me dégoûtait, oui c'est cela me dégoûtait. Au moins il y a dans le sang un flamboiement qui claque.
Le tempête monta de deux crans.
Le second passa juste à côté et entendit ma clameur. D'un vif coup de lame il sectionna mes liens et je m'emparai d'un seau.

Le vent monta d'un degré et le mât s'effondra, ouvrant en deux le crâne du mousse.

Pour celle dont le nom est indien


lundi 23 mai 2016

MENTEUR XIII




Repu et un peu ivre j'optais pour une sorte d'examen de conscience. Somme toute c'était bien le moment de faire le dernier point sur ma vie. Elle avait été assez fade il faut bien le reconnaître et, en définitive, je n'avais pas grand chose à regretter.
Quelques étreintes furtives et pour tout dire animales. Aucune passion grésillante qui m'aurait crucifié et comblé. Aucune famille ( j'avais été placé tout petit dans des familles d'accueil qui n'offraient aucune tendresse mais encaissaient les chèques des services sociaux). Certes je regretterais quelques livres, mais j'avais lu tout Cendrars, tout Gracq, tout Balzac, l'essentiel de Huysmans et d'Augérias... Je ne voyais pas très bien ce qui aurait pu susciter encore de telles passions. Bach me manquerait.
Un regret cependant : je n'avais jamais vu de Vélasquez


ni de Caravage


Pour le reste pas de remords, même pas pour mes égarements néo-nazis. Tout cela n'était qu'un peu d'agitation absurde. Oui il était temps de tirer sa révérence. Je m'endormis en paix.



Encore pour le poète


Debout ( 8 ... la reprise)

La propagande par le fait a profondément changé la manière dont l'anarchie allait être perçue dans la société. Netchaief proclamait : " la parole n'a de prix pour le révolutionnaire que si le fait la suit de près. Il nous faut faire irruption dans la vie du peuple par une série d'attentats désespérés, insensés, afin de lui donner foi en sa puissance, de l'éveiller, de l'unir et de la conduire au triomphe."

Dans cette lignée allaient apparaître quelques exaltés qui marquèrent les esprits, et comme d'habitude le mélange fut habilement entretenu par la bourgeoisie. Dans l'esprit commun l'anarchie fut le désordre.

 En attendant donc le grand soir, les anars rédigèrent des tracts sur la manière, par exemple, de mettre le feu à une caserne. D'autre voulait faire sauter le palais Bourbon, ou la banque de France, ou le palais de l'Elysée. Mais il était plus simple de le dire que de le faire. Alors c'est la statue de Thiers ( le massacreur de la Commune) qui fut choisie et à peine écornée par une petite bombe mal fichue. Savez-vous que cette action, en réalité, avait été télécommandée par le préfet de police Louis Andrieux, qui avait infiltré ses flics dans les groupes anars ?

Dans le même temps, en Saône-et-Loire, près de Montceau-les-Mines, un mouvement s'était levé pour contester le directeur des mines, un certain Chagot, patron infect qui ne voulait tolérer "aucune manifestation antireligieuse, ni sociale". Une bande ulcérée se répandit dans la campagne, abattit quelques crucifix, envahit quelques maisons bourgeoises et maltraita un notaire.

L'effet fut désastreux. La révolution ne vint pas et ceux qui avaient un peu de sympathie pour les anarchistes prirent peur. La propagande par le fait n'avait pas de sens sans une organisation bien pensée. Les syndicats furent le levier de cette future action. Les syndicats furent sortis de l'ornière corporatiste ( elle existe encore dans la presse par exemple entre journaliste et ouvrier du livre). Les syndicats furent placés sur la voie du fédéralisme, et ne refusèrent plus la violence dans les conflits sociaux. Et la grande idée de la grève générale devint omniprésente. Elle seule peut susciter de grandes avancées. Bien plus tard c'est elle qui imposa au front populaire des réformes essentielles ! La grève générale a été alors plus efficace qu'un programme politique un peu tiède. On lui doit les congés payés et la semaine de 40 h entre autres...

Je dis à ceux qui ne sont pas syndiqués : vous avez le droit. Mais soyez cohérents : refusez les congés payés, la durée de travail limitée, acceptez le travail des enfants, etc...


dimanche 22 mai 2016

Pour le poète


Debout (7 ... reprise)

Les anarchistes considèrent-ils le suffrage universel comme la meilleure manière d'agir ? Certes non ! Le suffrage universel tel qu'il est pratiqué est une duperie ! C'est une parfaite illusion ! Oh oui, c'est mieux que la dictature pure, mais c'est très loin d'un idéal.

Comment confier son pouvoir pendant plusieurs années à quiconque ?

Par exemple : un maire élu ne peut pas être démis de ses fonctions s'il n'a pas commis de délit. Je l'ai vu plusieurs fois. Le voilà contesté dans son conseil municipal, mis en minorité, le budget n'est plus voté ... Le préfet intervient expédie les affaires courantes : salaire du cantonnier, du chauffage de la mairie, des indemnités des élus. Le préfet incite le maire à démissionner, mais si celui-ci ne veut pas, il peut rester ainsi jusqu'à la fin de son mandat. Isolé certes, mais élu !


Donc les anarchistes ne participent à cette mascarade. Ou bien ils votent noir !

Ils ne veulent pas , comme disait Jean Grave, que l'Etat fixe le salaire de l'ouvrier, car accepter cela c'est reconnaître de facto à l'Etat le moyen d'exister ! Il déclarait aussi " avec le suffrage universel vous n'aurez que des moutons de Panurge, des hommes qui ne penseront que par leur député, vous aurez à compter avec tous les ambitieux. Au lieu d'aller bêtement à l'hôtel de ville lors d'une révolution, pour y proclamer un gouvernement, il faut y aller pour fusiller ceux qui tenteraient de s'y établir."

C'est alors qu'en 1876, l'insurrection fut proclamée et plus encore " la propagande par le fait", comme l'appela Paul Brousse.



MENTEUR XIII




Je m'éveillai dans le fond de la felouque. J'étais ligoté et jeté au milieu des nasses. Un atroce mal au crâne fendait ma tête en deux.
Le capitaine me voyant reprendre mes esprits me fit un magnifique sourire.

_ Nous allons pêcher le grand poulpe.
_ Mais pourquoi m'agresser je n'ai pas un sou ? Pas de famille ! De moi vous n'aurez rien puisque je n'ai rien.
Le capitaine son second et le mousse eurent un bon rire, bien franc, sans arrière pensée.


_ Mais c'est toi ta valeur ! Tu sais nous sommes pauvres aussi et nos familles sont vastes et affamées. Nous pêchons le poulpe géant. Et tu ne le sais pas, mais il n'y a pas meilleur appât que la chair humaine. Donc pour faire simple te voilà arrivé par les dieux dans notre bateau à la bonne saison. On va t'égorger, tu verras c'est rapide et presque sans douleur. Puis nous te débiterons et tu seras jeté dans les nasses. Il y a pire comme destinée. Pour une fois tu serviras une cause utile. Nos familles n'oublient jamais ceux qui les ont nourris.

Nous filions plein sud avec un doux vent allure vent arrière.
Bouffé par des poulpes, certes il n'y avait pas de gloire particulière à cette fin domestique mais bizarrement la perspective de retourner au bouillon originel, à la soupe primitive aurait pu, presque m'enchanter.
En réponse à ma question le capitaine me dit que nous serions sur zone la nuit prochaine au large de l'île de Karpathos.



Mon dernier dîner fut somptueux, le mousse regardait avec envie ma gamelle pleine d'olives noires à la puissante saveur de cheminée mêlées à des anchois, suivies de Kalitsounia (pâté crétois au fromage), de Fasolakia (haricots verts frais, cuits en ragoût avec des pommes de terre, des courgettes et de la sauce tomate) et pour finir une belle tranche de kasséri, un fromage mi-dur fait de lait de brebis non pasteurisé. Et raki à volonté. Ce fut une excellent dernier repas.


samedi 21 mai 2016

mercredi 18 mai 2016

Debout ( 6...reprise )


Exclus (1872) de la première internationale ( Marx a foutu dehors Bakounine), les anars et leur amis organisèrent leur propre congrès. Il se déroula à Saint-Imier (Suisse) dans la vallée jurassienne de la Suze, On les appela dès lors les Jurassiens. Il y avait du beau monde, des Espagnols, des Italiens, des Suisses, des Américains, d'anciens communards. Le principe fédérateur fut approuvé. Chacun restant absolument libre en se rejoignant sur quelques principes de base : refus de l'autorité et d'un pouvoir centralisateur.

Aujourd'hui encore j'entends nombre d'amis s'étonner qu'un anarchiste puisse adhérer à une fédération. Une fédération n'est pas un parti. Elle ne donne aucune consigne. Elle propose des orientations à suivre ou non. Il reste qu'un anarchiste ne peut pas être raciste, c'est contre-nature. Pas de raciste à la fédération. C'est ainsi. Vous penserez peut-être que nous empêchons donc l'expression d'une liberté ? C'est votre droit, mais la limite à la tolérance c'est l'intolérable. L'anarchie ce n'est pas n'importe quoi, c'est l'harmonie, je le répète.



Face aux marxises autoritaires et centralisateurs s'opposait dès lors le principe libertaire et fédéraliste. La Commune de Paris pourtant chère au cœur des anarchistes avait créé ce rouage centralisateur - le comité de salut public - qui, déjà en avait agacé plus d'un.

Alors que la démocratie commençait à s'imposer en France d'une façon assez proche de celle que nous connaissons en s'appuyant sur la République, qu'elle allait être la position des anarchistes ? Elle est encore aujourd'hui assez partagée.

MENTEUR XII

Le vent enfin se leva. Le capitaine mit le cap plein sud vers sa zone de pêche favorite. Pendant que le mousse préparait une soupe de poissons sur un vieux brasero hors d'âge, le second et moi étions à la manœuvre. J'avais vécu si longtemps dans une grotte que le vent du large était comme un bain de jouvence.
 Le second qui avait une sale gueule de voyou hurlait des chansons de fumerie


Le capitaine ne pipait mot et souriait en me regardant. Je ne sais pourquoi mais j'étais mal à l'aise. Le mousse était un sale gosse sale et morveux, arrogant, une sorte de mauvais chien vicieux. Mais le temps était beau et nous croisions à l'est de la Crête. Nous apercevions l'île au loin, absolument blanche.
_ Que pêches-tu ? demandai-je au capitaine.
En riant il me répondit :
_  χταπόδι ( le poulpe) το μεγάλο χταπόδι ( la grande pieuvre).
Et le second aussi se marrait et le mousse ricanait.


Le  capitaine me demanda de le rejoindre à la proue du bateau et me montra au loin une ligne imaginaire, c'était là-bas que nous allions pêcher. Je reçus alors un violent coup sur la tête et je sombrai dans l'inconscience

mardi 17 mai 2016

Debout (5... reprise)


 C'est le peuple qui ordonne vous apprécierez la nuance.Le peuple ! le peuple ! pas le parti !


Bien que les sujets de discorde étaient nombreux, les anarchistes cohabitèrent avec les socialistes marxistes jusqu'en 1872. Tous aimaient la 1ère internationale fondée en 1866. Emile Faquet, bon bourgeois, écrivait en toute lucidité et parfaite honnêteté : " l'anarchie c'est l'homme rendu à lui-même, à ses instincts naturels de sociabilité spontanée et arraché à la sociabilité imposée autoritaire et despotique, à la sociabilité extérieure que gouvernement et lois lui imposent."
 Pourtant Emile Faquet n'était pas anarchiste, loin de là, mais il avait perçu chez eux ce sentiment de pureté qui reste vif encore aujourd'hui.

 Revenons en 1872, au congrès qui se tenait à La Haye, la rupture avec Marx fut consommée. Marx accusé de tendance à la dictature fit expulser Bakounine, grande figure de l'anarchie.



Pour faire simple disons que les communistes (qui ont piqué bien des choses aux anarchistes) pensent que le peuple doit effectivement gouverner, mais seulement après avoir été guidé par un gouvernement. Et l'histoire a montré que les communistes jugent que le peuple n'est jamais prêt... Cette fracture n'a jamais été guérie : des soviets exterminés par les bolcheviks, du soulèvement de Kronstadt qui proclamait « Tout le pouvoir aux soviets, pas aux partis » sévèrement réprimé, de Makhno ( anarchiste ukrainien) éliminé par Trotski aux anarchistes de la guerre d'Espagne écrasés par les staliniens, le fossé s'est agrandi considérablement. Anars et cocos sont désormais frères ennemis.
Dans l'international les communistes ont supprimé le 5e couplet : " Les Rois nous saoulaient de fumées. Paix entre nous, guerre aux tyrans ! Appliquons la grève aux armées, Crosse en l’air et rompons les rangs ! S’ils s’obstinent, ces cannibales, A faire de nous des héros, Ils sauront bientôt que nos balles Sont pour nos propres généraux."


MENTEUR XI

Chrysostome attendait la deuxième question. J'étais ivre et j'avais oublié ce pourquoi j'étais déjà venu...
_ Heu...
_ Ressers-nous à boire.
Nous bûmes et la divine clarté illumina mon esprit.
_ Ah oui ! Marc et Matthieu rapportent que tous les péchés seront remis... Heu je cite de mémoire : "En vérité,  Jésus le dit, tous les péchés  seront pardonnées aux fils des hommes, ainsi que les blasphèmes qu'ils auront proférés; mais quiconque blasphème contre le saint-esprit n'obtiendra jamais le pardon: il est coupable d'un péché éternel." Bon d'accord on peut tout faire sauf contre le saint-esprit. D'accord ?
_ C'est la vérité des évangiles.
_ Mais c'est quoi le péché contre le saint-esprit ?
J'attendis la réponse. Il faisait tout à fait noir. Je ne distinguais plus Chrysostome. Le temps passait. Et soudain je l'entendis qui ronflait. Le saint homme complètement bourré s'était affaissé et il roupillait.
Dégoûté, je ramassais mes quelques affaires et je partis dans les ténèbres, laissant là cet imposteur qui puait la vieille sueur.

Je retrouvais un village en bord de mer, un pêcheur voulut bien m'embarquer  sur une sorte de felouque en échange d'un coup de main.


 La mer était absolument calme et triste. Un matelot jouait du bouzouki en attendant que le vent se lève. Et nous buvions force raki.


Une nouvelle vie débutait. Le capitaine avait un vieux colt caché sous sa banquette et son second ne quittait pas un long couteau dont le manche était ficelé d'une vieille corde. On aurait dit l'un de ces couteaux d'égorgeur ramenés dans les tranchées par les troupes coloniales.


lundi 16 mai 2016

Debout (4... reprise)


L'anarchie c'est simple, ce n'est pas un délire, c'est l'égalité totale. Et c'est l'affaire de chacun ! Et cela suffit ...

L'ordre imposé suscite par nature la révolte et porte donc en germe le désordre, alors que l'ordre sans autorité est respecté, on n'a aucune raison valable de le remettre en cause. De même l'exercice de la liberté n'est pas compatible avec l'exercice d'un pouvoir quelconque, élu ou imposé. A tout moment les personnes déléguées pour mener à bien les taches nécessaires doivent pouvoir être remises en cause si nécessaire. Pas besoin de juristes pour rédiger des codes et fixer des cadres. Les différends sont alors arbitrés par un sage reconnut par les deux parties. Un sage, par forcément un vieux.

Dans le même temps la propriété qui engendre toujours la convoitise est abolie. "Le pire des tyrans ce n'est pas celui qui vous embastille, c'est celui qui vous affame, ce n'est pas celui qui vous prend au collet, c'est celui qui vous prend au ventre" ont dit les anarchistes jugés au procès de Lyon en 1883.

Corollaire naturel : l'Etat doit disparaître puisque sa fonction essentiel, qu'il soit capitaliste ou communiste est de préserver la propriété individuelle ou collective. Dans une société anarchiste tout est à tous, tous travaillent à tout, et chacun prend selon ses besoins. Chacun travaillera dans le domaine qu'il affectionne. Qui aime désherber ( j'en connais) désherbera et n'aura pas moins que celui qui aime enseigner les maths.

A Barcelone, le Ritz avait été transformé en cantine populaire. Des gens qui n'avaient jamais imaginé entrer un jour dans ce palace vinrent y manger simplement. Deux gardes avaient été placés à l'entrée pour veiller à ce que personne ne vienne manger deux fois de suite. Ils n'eurent jamais à intervenir, personne ne chercha à resquiller. Pourquoi manger deux fois quand on a déjà le ventre plein et que demain on pourra revenir ? Le journaliste anglais Langdon-Davis relève même que "très peu de couverts du Ritz disparurent" : le peuple ne se vole pas lui-même

Les Portugais, ceux de la Révolution d'Avril ont inventé cette formule qui résume tout :

"C'est le peuple qui ordonne"!

MENTEUR X



_ "Bon je vais répondre à tes questions, moins de cinq ! pas plus ! D'abord prends la bouteille sous mon oreiller".
Je trouvai là un flacon en effet, je servis deux verres. Et nous bûmes en silence. Moi qui ne buvais que du thé et de l'eau depuis de longs mois, je sentis la vague puissante monter dans mon cerveau.
_ "Encore" dit-il.
Et nous bûmes en silence.
_ "Encore" dit-il.
Et nous bûmes en silence.
_ "Encore" dit-il.
Et nous bûmes en silence.



J'étais tout à fait ivre. Mais lui semblait hiératique, frais. Il souriait.
_ " Ah tu es surpris ?" me dit-il  " tu ne bois pas souvent. Moi je me torche chaque nuit. J'ai trouvé au fond de la grotte, sous une pierre qu'il faut faire pivoter, j'ai trouvé une énorme réserve d'alcool de date."
"Encore" dit-il.
Et nous bûmes en silence.
_ " Pose ta première question."
Je rassemblais mes idées qui s'en allaient à droite et à gauche comme des aigrettes dans le vent.
_ "Heu... Ah oui... Jésus fait-il décidément tout à l'envers ?"
_ "Oui, comment le sais-tu ?"
_ " Quand il dit : je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres. Alors qu'il va bientôt mourir. N'est-ce pas tardif ?"
_ "Absolument il fait tout à l'envers, ressers-moi à boire. Il sait que le monde est une illusion et que la fin est aussi le début, comme le serpent qui se mord la queue. En réalité rien ne commence et rien ne finit. C'est bête de le dire ainsi, mais c'est comme toute évidence ! Deuxième question ?"

dimanche 15 mai 2016

MENTEUR IX








La vie en compagnie de cet anachorète en rupture de solitude, à cause de moi, était simple. Réveil à l'aube le matin dans cette grotte qui sentait puissamment la fumée et le benjoin. Ma première tâche était de relancer le feu. Parfois Chrysostome était déjà parti, parfois il attendait dehors, debout, totalement absent. Une poignée de thé dans une casserole d'eau. Nous buvions le thé dans de petits verres brûlant. J'étais astreint au silence absolu. Parfois il aboyait pour me signifier que j'avais assez bu de thé. Ensuite descente dans la gorge en contrebas. Il ne se baignait pas, un odeur de bête exhalait de sa sainte personne. Mais lui me voulait propre. Je me plongeais donc dans l'eau glacée. Et j'en profitais pour aller débusquer quelques poissons dans leurs refuges sous les pierres ou dans les excavations obscures des racines qui mangeaient la berge.
La matinée il ne se passait rien. Nous restions assis tout en haut de la falaise, les pieds pendant dans le vide. A midi nous ne déjeunions pas, ou alors seulement d'une poignée de mûres ou de quelques figues sèches qu'il tirait d'un très vieux sac de cuir pendu à un clou au-dessus de sa paillasse dans la caverne.
L'après-midi nous déambulions dans notre montagne à travers les genêts, et les ronces. Il fallait absolument revenir avec les jambes griffées au sang. Lui, comme moi. Et si nous devions traverser un champ d'orties il souriait tout joyeux de cette épreuve brûlante et il chantait.


Le soir je  vidait les poissons, et nous les dévorions grillés et délicieux. Parfois  nous dînions de lézards qui avaient basculé dans l’abîme.  La vie était fluide, et simple, je veux dire sans pli.
Un jour enfin il me demanda 
_ " Que veux-tu enfin, tu m'ennuies à être toujours dans mes pattes".
_ "J'ai des questions à te poser".
_ "Veux-tu des réponses ?"
_ "Naturellement !'
Il fit une grimace et cracha.
_ " ça je m'en doutais. Tu en es encore que là !"
Il soupira
_ " tu n'as donc encore rien appris."
Puis après un long silence il ajouta :
_ "Je t'écoute...Combien de questions ?"
_ " Moins de cinq."
_ "Pfff!"

Debout (3... reprise)


A la fin du XIIe siècle, en France, les anarchistes se rassemblèrent. Ils firent le serment de s'entraider. On pensa qu'ils étaient illuminés. Ils portaient des capuches en signe de reconnaissance. L'abbé Lebeuf a dit d'eux : "ces sortes de gens ne portent aucun respect aux puissances, ils ignorent que la servitude est l'effet du péché, ils se disent être dans un état de liberté ou le premier homme fut créé. Cette hérésie s'est répandu en France, surtout dans le Berry et la Bourgogne. Ils tirèrent l'épée pour assurer cette liberté qu'ils vantaient si fort.

 On appelait ces révoltés les Caputiés ( en raison de leur capuche). Ils furent exterminés. On ne s'étonne pas !



Ainsi donc les Caputiés furent broyés. L'évêque Hugues de Noyers s'y employa avec vigueur et jubilation.



  On l'appelait "le marteau des hérétiques", car depuis Saint-Paul, celui qui pense de travers est hérétique. Les mots les plus sensibles sont toujours piégés. Ainsi - pardonnez-moi cette digression - poursuivi Louis Grandclerc,  mais, ici en Poitou, on vénère Saint-Hilaire qui combattit l'hérétique. Tout près de Poitiers l'on pense qu'il s'agit de l'infidèle, de l'arabe...Mais non, il s'agit de bons chrétiens qui avaient une vue un peu différente sur la nature humaine de Jésus ! Saint-Hilaire fit le ménage à coup de bûchers, brûlant gaillardement ses frères. Et c'est avec la même force qu'Hugues de Noyers s'est débarrassé des Caputiés sans parvenir à extirper leur idéal puisqu'il nous est parvenu. Les Caputiés pensaient qu'on pouvait vivre sans autorité, sans règlement, sans gouvernement. Des idées folles qui firent leur réapparition, et avec quelle vigueur, sept siècles plus tard. Le nom n'existait pas, mais c'était bel est bien de l'anarchie.

Un autre soulèvement est mentionné dans les chroniques en 1250. A sa tête un certain moine Jacob. Il affirmait : " les humbles et les pauvres sont les seuls amis du Christ" ce qui n'est pourtant pas très éloigné de l'évangile, Mais cela reste insupportable dans une société hiérarchisée. Du nord au sud cette tempête traversa la France. Châteaux et monastères furent pillés. Et en 1320 une autre révolte embrasa les provinces, elle fut noyée dans le sang à Aigues-Mortes. Alors bien sûr, comme toujours, la grande misère avait été le ferment de ces justes colères. Mais au-delà il ne s'agissait pas tant s'approprier des biens que de renverser un ordre jugé insupportable. Ces révoltes n'étaient pas seulement celles de la faim, c'étaient celles de l'esprit !
D'ailleurs Rabelais n'est pas loin de cette belle pensée quand il imagine l'abbaye de Thélème

Avec cette magnifique formule :



samedi 14 mai 2016

Debout (2... reprise)

Anarchie ? Ah oui ! (4)

Louis Grandclerc allongea ses jambes, et au bout il y avait ses pantoufles, comme on a déjà dit hier en expliquant pourquoi. Peut-être avez-vous pleuré un peu, c'est normal, moi aussi.

 Louis Grandclerc va nous parler d'anarchie et il sait de quoi il cause. Anarchie est d'abord un mot curieux qui commence par la première lettre de l'alphabet et se termine par cette syllabe assez ordinaire, comme si la belle promesse finissait dans la fange. Il est vrai que ses ennemis n'ont pas cessé de la traîner dans la boue. Mais ceux qui l'ont approchée savent qu'elle porte en germe les plus belles promesses, les idées les plus enivrantes. Comme le mot liberté.

Je pourrais ici vous renvoyer à l'encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure (http://www.encyclopedie-anarchiste.org/) qui dit que l'anarchie est
un régime social d'où sera bannie, en droit et en fait, toute idée de salariat et de salarié, de capitaliste et de prolétaire, de maître et de serviteur, de gouvernant et de gouverné.

On conçoit que, ainsi défini, le mot « Anarchie » ait été insidieusement et à la longue détourné de sa signification exacte, qu'il ait été pris, peu à peu, dans le sens de « désordre » et que, dans la plupart des dictionnaires et encyclopédies, il ne soit fait mention que de cette acceptation : chaos, bouleversement, confusion, gâchis, désarroi, désordre.



" On dit, enfin ce qui ne savent pas... disent que nous, les anarchistes, sommes des utopistes. Mais si c'était vrai, pourquoi ferions nous si peur aux états ? Or, savez-vous, que les anarchistes sont parmi les plus punis, les plus emprisonnés, les plus exécutés. Nous ne sommes rien, mais nous sommes redoutés par ceux qui détiennent le pouvoir. Il vaut mieux être ministre qui détourne de l'argent ou élu qui vend des médailles qu'un anarchiste. Mais nos ambitions ne sont pas les mêmes et je n'envie pas les fripouilles, mon camp c'est celui des rêveurs" dit Louis Grandclerc

 

Solitude des matins


La phrase romanesque

Le navigateur solitaire avait de la chance : il n'avait pas d'ami.
(Balthazar Forcalquier)