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lundi 6 mars 2017

A la route du ciel


C'était dans ce quartier de la vieille ville (voir photo)  la taverne occupait un angle et son enseigne suspendue à la lanterne était visible des deux côtés : " LA ROUTE DU CIEL".
Le menu était changeant et toujours appétissant, puisé à la source même du poète (Blaise Cendrars). 


Foie de tortue verte truffé
Langouste à la mexicaine
Faisan de la Floride
Iguane sauce caraïbe
Gombos et choux palmistes

Saumon du Rio Rouge
Jambon d’ours canadien
Roast-beef des prairies du Minnesota
Anguilles fumées
Tomates de San-Francisco
Pale-ale et vins de Californie

Saumon de Winnipeg
Jambon de mouton à l’Écossaise
Pommes Royal-Canada
Vieux vins de France

Kankal-Oysters
Salade de homard cœurs de céleris
Escargots de France vanillés au sucre
Poulet de Kentucky
Desserts café whisky canadian-club

Ailerons de requins confits dans la saumure
(Jeunes chiens mort-nés préparés au miel)
Vin de riz aux violettes
Crème au cocon de ver à soie
Vers de terre salés et alcool de Kawa
Confiture d’algues marines

Conserves de bœuf de Chicago et salaisons allemandes
Langouste
Ananas goyaves nèfles du Japon noix de coco mangues
pomme-crème
Fruits de l’arbre à pain cuits au four

Soupe à la tortue
Huîtres frites
Patte d’ours truffée
Langouste à la Javanaise

Ragoût de crabes de rivière au piment
Cochon de lait entouré de bananes frites
Hérisson au ravensara 

On ne mangeait ici,  sublimement, qu'une seule fois. On laissait volontiers un large pourboire. "La route du ciel" portait bien son nom. Ce fut l'unique restaurant de cette nature et il fallait bien une ville comme celle-ci dans ce pays étrange pour qu'il soit toléré. Vous avez compris que ce menu était votre dernier. On sortait de la route du ciel après les liqueurs, les pieds devant. On ne venait d'ailleurs ici que pour en finir, mais en beauté. La patronne ajoutait au dernier plat quelques gouttes d'une potion de son invention. Ce poison rare ( une recette de famille ) était suspendu à son cou dans une fiole de terre vernissée. J'ai souvent été tenté de pousser la porte et de m'asseoir à l'une des sept tables du rendez-de-chaussée. Il y avait bien une grande salle à l'étage mais elle était réservée aux suicides collectifs. J'ai longtemps hésité, et puis lorsque je me suis décidé, c'était trop tard. La patronne était morte d'apoplexie. Le fonds avait été vendu et une pâtisserie s'était installée. L'enseigne changea, " La route du miel" où l'on vendait un pain d'épice parfaitement digeste mais terne.
Voilà c'est tout.

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